Accusé de viol, il avait été incarcéré trois ans…

Accusé de viol, il avait été incarcéré trois ans. Le sexagénaire a tout perdu, mais sera indemnisé à hauteur de 95 000 €.

Les sommes allouées ne sont pas à la hauteur de ses demandes, mais il ne devrait pas faire appel. Hier, la juridiction du premier président de la cour d’appel de Bordeaux a statué sur son cas. Séri Grégoire Koré, 60 ans, sera indemnisé à hauteur de près de 95 000 euros pour une incarcération subie du 17 juillet 2009 au 22 septembre 2012.

Trois ans, deux mois et cinq jours de détention provisoire. « C’est exceptionnellement long et cela était injustifié », rappelle son avocat, Me Julien Plouton, qui a demandé réparation à l’État pour son client au mois de janvier dernier. Séri Grégoire Koré était en fait accusé du viol d’une jeune femme, survenu le 14 septembre 2008 à Bègles.

Ce sont des analyses d’ADN prélevé sur les vêtements de la victime qui avaient conduit les enquêteurs à Séri Grégoire Koré. Tout en reconnaissant avoir rencontré la jeune femme ce soir-là, ce qui avait pu occasionner un transfert d’ADN, ce dernier avait cependant toujours clamé son innocence. La victime n’a d’ailleurs jamais affirmé que Séri Grégoire Koré était l’un des deux hommes, plutôt jeunes, qui l’avaient violée. La nuit des faits, elle avait eu un « trou noir » entre le moment où elle avait quitté une discothèque du centre de Bordeaux pour rejoindre le quai de Paludate et le moment où elle était montée à bord d’une voiture avec deux hommes qui devaient la raccompagner chez elle, à Bordeaux, mais l’avaient emmenée à Bègles pour abuser d’elle.

Séri Grégoire Koré a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés. Condamné le 1er juillet 2011 à douze ans de réclusion par la cour d’assises de la Gironde, il a été acquitté le 22 septembre 2012 en appel en Dordogne. Mais l’homme a tout perdu dans cette histoire. Sa compagne de l’époque, ses enfants qui ont coupé tout lien, son travail, son logement.

« À tel point que, le soir de son acquittement, il a été contraint de solliciter du directeur de la maison d’arrêt de Périgueux, où il était détenu le temps de son procès, une autorisation exceptionnelle pour y dormir une nuit supplémentaire, alors même qu’il était enfin libre, n’ayant aucun endroit où aller ni personne pour l’accueillir », révélait son avocat fin janvier.

« Cette mesure de privation de liberté a eu un retentissement certain sur sa personne, il en a gardé des traces indélébiles, plaide Me Julien Plouton. Il est abattu physiquement et psychologiquement et a subi un important préjudice moral qui devait être réparé ». Pour son client, le conseil avait demandé quelque 200 000 euros d’indemnisation.

« La recevabilité de la demande n’est pas discutée, ni discutable », écrit le juge dans sa décision. Rejetant le principe d’une expertise psychologique, il prend en compte pour allouer près de 95 000 euros « l’âge de l’intéressé, la perte de ses liens familiaux, sa compagne ayant décidé de cesser toute relation avec lui du fait de la durée de l’incarcération et n’ayant pas l’intention de reprendre une vie commune avec lui, l’aggravation d’un état dépressif préexistant, la durée particulièrement longue de la détention et l’absence d’antécédent judiciaire ». Séri Grégoire Koré est aujourd’hui suivi par une plateforme d’accueil des personnes en errance. Cette indemnisation devrait être pour lui l’occasion de prendre un nouveau départ.

Source: Sud-Ouest


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