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Femmage de Lison

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • il y a 14 heures
  • 3 min de lecture

Jeudi soir à Bordeaux, un femmage a été rendu à Lison Méral, jeune femme assassinée par son ancien compagnon.

J’y suis intervenu comme avocat de ses parents et de sa famille.


Ce rassemblement n’était pas seulement un hommage.

C’était un temps de parole, d’émotion, de recueillement, de transmission et de lucidité collective.


Autour de Lison, des étudiant(e)s du lycée Camille Jullian, des enseignantes, des représentantes d’associations engagées dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) et de la Ligue des Droits de l’Homme, ses camarades et ses proches ont pris la parole.


Ils ont rappelé une évidence trop souvent oubliée :


La lutte contre les violences sexistes et sexuelles ne se joue pas uniquement sur le terrain judiciaire.


Elle commence bien en amont.


Dans l’éducation.

Dans la sensibilisation.

Dans la remise en cause de schémas archaïques de domination et de pensée, encore profondément ancrés.


Éduquer, c’est apprendre très tôt ce qu’est le consentement.

Sensibiliser, c’est nommer les violences pour ce qu’elles sont.

Changer les mentalités, c’est refuser de banaliser le contrôle, l’emprise, la jalousie érigée en norme amoureuse.



Quand la violence mène à la mort


Mais lorsque ces violences mènent à la mort, et que l’auteur se suicide, une autre réalité s’impose : la justice pénale s’éteint avec l’auteur.


Il n’y a alors :

• ni information judiciaire approfondie ;

• ni débat contradictoire lors d’un procès pénal ;

• ni reconnaissance judiciaire pleine et entière des faits.


Les familles se heurtent alors à un silence multiple :

• le silence de l’enquête, souvent rapide et incomplète, concentrée sur la matérialité des faits, sans investigations approfondies sur le contexte et la personnalité de l’auteur ;

• le silence de l’autorité judiciaire quant à la qualification juridique précise des faits ;

• le silence lié aux délais déraisonnables pour accéder à la procédure.


Face à ce silence assourdissant, il ne reste qu’une voie judiciaire : la CIVI.

Une juridiction indispensable pour l’indemnisation, mais qui ne peut, à elle seule, combler entièrement le vide que l’absence de procès laisse derrière elle.


Car un procès pénal n’a pas seulement pour objet de trancher des questions de culpabilité et de peine.


C’est aussi :

• un espace de vérité ;

• un espace de parole ;

• un espace de reconnaissance.


C’est un temps où la violence est nommée, entendue et publiquement qualifiée.



Les obstacles rencontrés par les victimes


Lors de ce femmage, il m’a également été demandé de rappeler les obstacles auxquels se heurtent encore trop souvent les victimes de violences sexistes et sexuelles :

• la difficulté à dire ce qui touche à l’intime et renvoie à la fragilité du corps et de l’être ;

• la difficulté, encore aujourd’hui, à être entendues ;

• un temps judiciaire trop séquencé, qui fige et réactive les traumatismes ;

• l’épuisement généré par les délais des procédures ;

• le sentiment, parfois, d’injustice.


Et de rappeler leurs droits élémentaires :

• le droit d’être accueillies par des enquêteurs et enquêtrices formé(e)s à la spécificité de ces violences, dans un espace adapté à la libération de leur parole ;

• le droit à une retranscription fidèle et précise de cette parole ;

• le droit d’être accompagnées par un(e) avocat(e) dès le dépôt de plainte et à tous les stades de la procédure ;

• le droit à la réactivité des services d’enquête après le dépôt de plainte.





Une vigilance collective indispensable


Ce femmage était aussi un appel à entendre la voix des victimes, à penser les angles morts de notre système judiciaire, et à appeler chacune et chacun à la vigilance face aux menaces de violences dont ils pourraient être témoins.


Ces menaces, trop souvent minimisées ou banalisées, constituent fréquemment des étapes préalables au passage à l’acte d’un auteur de féminicide.


Cette vigilance collective est essentielle pour permettre une intervention plus précoce :

• des proches,

• des professionnels de santé,

• des services de police et de justice,


afin de protéger les victimes potentielles et de désamorcer l’engrenage de violence et de pulsion criminelle dans lequel s’enferme bien souvent l’auteur avant son passage à l’acte.



Refuser le silence


La mobilisation des étudiants, leur parole, leur exigence de changement sont essentielles.

Parce que la justice ne peut pas, à elle seule, résoudre les graves problématiques générées par une violence patriarcale systémique.


Elle doit être accompagnée d’actions préventives, éducatives et collectives.


Interroger nos pratiques, nos silences et nos héritages culturels, c’est poser une exigence collective :

refuser le silence et tirer les enseignements de ce qui n’a pas été empêché.


Dire « plus jamais ça », ce n’est pas un slogan.

C’est refuser que l’inaction et l’oubli prolongent la violence.

C’est faire de cette parole une responsabilité.

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