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Affaire Matias Batista : 23 ans aux Assises des Landes

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • 23 juin 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 juil. 2025

Cour d'Assises des Landes — Du 16 au 18 juin 2025

En bref : le 18 juin 2025, la Cour d'assises des Landes a condamné Samuel Matias Batista à 23 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat de Guy Lecomte, père de son ami Danaël qui s'était suicidé en 2015. Une peine inférieure aux 25 ans requis par l'avocat général Marc Mariée, sans peine de sûreté spéciale, conformément à la demande de la défense assurée par Maître Julien Plouton.

Il est des procès qui vous marquent au fer rouge. Non pas par leur complexité technique, mais par la densité de la tragédie humaine qu'ils exposent. Des histoires qui interrogent sur la frontière fragile entre la vengeance et la justice, entre la folie et la souffrance.

L'affaire Samuel Matias Batista, jugée aux Assises des Landes, est de celles-là. Pendant trois jours, Maître Julien Plouton a porté la voix d'un jeune homme qui a commis l'irréparable, poussé par un drame qui n'était initialement pas le sien. Voici nos perspectives, de l'intérieur, d'un procès où il n'y eut, au fond, que des victimes.

Été 2015 : le suicide de Danaël, point de départ du drame

Tout commence par une amitié. Un petit groupe d'amis soudé depuis l'internat, et parmi eux, deux jeunes gens aux prénoms bibliques, Danaël et Samuel. Un été en fusion sous les pins des Landes, un été de fêtes de village, de longues baignades à l'océan, de conversations à refaire le monde. Un été qui n'aurait jamais dû finir, et qui pourtant s'achève brutalement au début du mois de septembre par le suicide de Danaël sous un train, un drame contextualisé avec précision par Le Monde.

Cette disparition brutale et tragique s'abattra comme une malédiction sur ce groupe d'amis. Et marquera la fin de leur innocence.

2016-2018 : les révélations d'une mère en deuil pathologique

C'est le début, comme le relèvera un expert psychiatre, d'un long syndrome de stress post-traumatique. Samuel, le plus sensible du groupe, n'accepte pas le décès de son ami. Il se sent coupable de ne pas avoir décelé son mal de vivre. Accompagné de 3 anciens camarades, animé par la soif de comprendre, il accepte un rendez-vous fixé par la mère de Danaël, un an après son décès.

Cette mère isolée et en deuil pathologique leur révèle alors la double vie toxique du père, Guy Lecomte, que Danaël aurait découvert avant son suicide. Elle le désigne alors comme "l'assassin de son fils". Un dernier rendez-vous en novembre 2018, où il se rend seul, finira de le convaincre que cet homme peut être "coupable". Pendant quatre ans, emporté par de noires ruminations, Samuel oscillera entre le besoin "d'avoir des réponses" de la part de cet homme et l'idée de venger celui qu'il considérait comme son meilleur ami.

Septembre 2019 : 32 coups de couteau, le passage à l'acte

Un matin de septembre 2019, Samuel se réveille avec la sensation que le jour est arrivé. Un couteau Opinel, un VTT, une heure de route à vélo jusqu'au domicile du père, qui s'y trouve seul, comme il l'avait pressenti.

S'ensuit une longue conversation de près d'une heure et demie. Mais lorsque la discussion aborde la consommation de drogues et certaines pratiques sexuelles, c'est, pour lui, la confirmation des dires de la mère. Un tumulte d'émotions, une lutte intérieure, puis une poignée de main fatale. Des flashs : le visage de son ami à la morgue, la souffrance de sa mère. La colère déborde, rugit dans un basculement, un déchaînement de violence : 32 coups de couteau, comme autant de coups portés sur la porte du malheur. Un acte criminel qui lui apparaîtra peut-être comme la seule solution pour mettre fin à ses propres souffrances. Après un retour à la conscience, il s'arrête devant les photos de son ami, placées dans la bibliothèque, et lui adresse, en silence, ses excuses. Il repart comme il était venu, en VTT, et regagne son domicile avant de passer sa soirée avec 2 amis, une présence pour oublier.

2019-2022 : trois ans de cavale intérieure jusqu'à l'interpellation

Mais après la fuite, vient l'attente. Trois longues années, pendant lesquelles l'enquête piétine malgré un profileur, un portrait robot ADN et des prélèvements génétiques médiatisés dans la presse locale sur la population masculine des villages avoisinants. Pour Samuel, cette période de l'après passage à l'acte est encore plus douloureuse. Il s'isole, son espace mental se confine et balance entre la culpabilité et l'espoir fou d'échapper à son destin. Il réalise enfin qu'il n'y a pas pire prison que celle qui consiste à séjourner indéfiniment en soi-même.

Il envisage de se rendre sans en avoir le courage, et rédige sur son ordinateur une longue note jamais publiée où il se pose en justicier. Une façon désespérée de se réapproprier son acte, de le réinterpréter quitte à se draper dans des habits qui ne sont pas les siens et à devenir la caricature de son crime. Ce sont finalement d'autres mots, du même tenant, adressés à un groupe d'amis intitulé BIG 4 sur Messenger qui signeront ses aveux. Et conduiront l'un des membres du groupe à le dénoncer à la Gendarmerie. Une dénonciation forcée et une interpellation dirigée pour une délivrance attendue, presque souhaitée.

16-18 juin 2025 : le procès et la stratégie de défense

Dès le premier jour, la salle d'audience est devenue l'arène de deux récits irréconciliables. D'un côté, la famille de Guy Lecomte et son ancien amant, assistés par 3 avocats en partie civile, qui ont fustigé la tentative de "retourner le procès contre la victime".

De l'autre côté de la barre, se tenait, seul, Maître Julien Plouton. Pour assurer la défense d'un homme de 28 ans accusé d'assassinat et qui encourait la réclusion criminelle à perpétuité. Et faire entendre la voix de Samuel, qui a aujourd'hui pleinement pris la mesure de la gravité de son acte et ne se cherche pas d'excuses.

Le témoignage bouleversant d'Isabelle Munoz Alvarez

Le point d'orgue de ce procès fut le témoignage d'Isabelle Munoz Alvarez, maman de Danaël. À la barre, cette femme de 61 ans, brisée, a soutenu l'accusé avec une émotion palpable : "Je suis une victime, Danaël est une victime, et Samuel est une victime collatérale. À qui la faute ? Ça vient de qui tout ça ?". Puis, dans un geste qui a stupéfié la cour, elle est venue s'asseoir sur le banc de la défense, aux côtés de la famille de Samuel, comme pour matérialiser cette solidarité des écorchés.

Face à 25 ans requis : déconstruire la préméditation

Face à l'avocat général Marc Mariée, qui a requis vingt-cinq ans de réclusion en retenant une "évidente" préméditation — des réquisitions suivies par Libération et Le Parisien —, Maître Plouton a tenté de déconstruire cette certitude. Il s'est surtout attaché à restituer à Samuel sa propre souffrance, son combat intérieur et son sentiment de culpabilité, gage de sa rédemption. Lui restituer, mots à mots, sa "part de lumière" et contextualiser son passage à l'acte criminel, qui s'est initialement inscrit dans une dynamique de groupe. Avant d'être "télescopée" par une souffrance maternelle dans une explosion tragique. Ramener l'humain et sa complexité au cœur d'un dossier que l'accusation voulait réduire à un plan macabre.

Verdict du 18 juin 2025 : 23 ans de réclusion, un horizon ouvert

Après un long délibéré, la cour a rendu son verdict, rapporté par Le Monde et Sud Ouest :

  • Vingt-trois ans de réclusion criminelle pour assassinat

  • Près de 3 années et demie de détention provisoire déjà effectuées

  • Une peine en deçà des réquisitions de l'avocat général (25 ans)

  • Une peine significativement éloignée de la perpétuité encourue

  • Pas de peine de sûreté spéciale, conformément à la demande de la défense

La Cour d'assises des Landes a ainsi ouvert l'horizon des possibles. Un horizon en dehors des barreaux d'une prison, à mi-peine.

Le temps de continuer ce cheminement d'analyse et d'introspection, de renforcement intérieur et d'achever des études universitaires reprises en détention. Le temps de se construire un avenir enfin calme et serein.

Pour en savoir plus sur notre approche de ce type de dossier, vous pouvez consulter le récit de nos autres affaires en droit criminel.

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