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Braquage de la bijouterie Prévôt en plein coeur de Bordeaux: l'heure des débats

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • 17 juin 2014
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 sept. 2025

Le 12 mars 2012, un braquage spectaculaire secoue le centre-ville de Bordeaux. Trois hommes armés font irruption dans la bijouterie Prévôt, rue Franklin, dans le quartier des Grands-Hommes. Cette affaire, qui s'est achevée par des condamnations à huit ans de prison pour les quatre accusés, illustre parfaitement la complexité des procédures pénales et l'importance d'une défense rigoureuse. Notre Cabinet a eu l'honneur de défendre Redouane El K., l'un des protagonistes de cette affaire qui a défrayé la chronique bordelaise.


Cette affaire soulève des questions essentielles sur les droits de la défense et la présomption d'innocence, particulièrement concernant le quatrième accusé dont la culpabilité a été contestée tout au long de la procédure. L'intervention de notre Cabinet dans cette affaire témoigne de notre engagement constant en faveur d'une justice équitable et respectueuse des droits fondamentaux.


Les faits et l'arrestation rocambolesque des braqueurs

Le 12 mars 2012, vers 10h45, trois hommes masqués et armés de pistolets font irruption dans la bijouterie Prévôt. Le personnel, menacé, est aussitôt ligoté par deux des braqueurs tandis que le troisième remplit un sac de bijoux d'une valeur estimée à près de 150 000 euros. L'opération, minutieusement préparée, tourne court grâce à la réactivité d'un voisin qui entend des cris et alerte immédiatement la police.


Une équipe de patrouilleurs du Service de sécurité de proximité (SSP) se trouve providentiellement à quelques dizaines de mètres, rue de Grassi. En moins d'une minute, les policiers sont sur place et aperçoivent les braqueurs qui tentent de s'enfuir par l'arrière du magasin. S'ensuit alors une course-poursuite digne d'un film policier à travers les toits du centre-ville bordelais.

Les trois hommes abandonnent leur butin en chemin ainsi qu'un pistolet automatique de calibre 7,65 mm chargé. Ils tentent de semer leurs poursuivants en passant par les toits, cassant même une fenêtre pour accéder au plafond de la boutique Eden Park, à l'angle du cours de l'Intendance et de la rue Voltaire. Mais leurs efforts sont vains : à 11h15, soit moins d'une demi-heure après le début du braquage, les trois hommes sont arrêtés. L'un d'entre eux, blessé après un saut de 5 mètres, doit être hospitalisé avant de rejoindre ses complices en garde à vue.


Les trois hommes interpellés sont Salah B., Azzedine B. et Redouane El K., tous originaires de la banlieue lyonnaise. Ils avaient organisé ce braquage pour rembourser une dette de 30 000 euros contractée après avoir endommagé une luxueuse Mercedes qu'une de leurs connaissances leur avait prêtée. « C'était pour la frime », confiera l'un d'eux lors du procès. La voiture n'étant assurée qu'au tiers, ils devaient rembourser intégralement les dégâts.


Un procès complexe et la défense de l'innocence

Le procès qui s'est déroulé devant la cour d'assises de la Gironde a révélé toute la complexité de cette affaire. Si les trois auteurs du braquage ont reconnu les faits, la situation du quatrième accusé, Nabil S., arrêté plus d'un an après les faits, a soulevé de nombreuses interrogations. Notre Cabinet, représenté par Maître Julien Plouton, a assuré la défense de Redouane El K., ancien footballeur professionnel sorti du centre de formation de l'Olympique Lyonnais.

L'accusation estimait que Nabil S. était le chauffeur du groupe, se basant notamment sur la découverte de son empreinte papillaire sur un téléphone portable retrouvé dans une Peugeot 206 utilisée par les braqueurs pour venir de Lyon. Cependant, les trois auteurs du braquage ont unanimement déclaré ne pas connaître cet homme. « Nous étions quatre, c'est vrai, mais je ne connais pas ce monsieur », a déclaré Redouane El K. lors de son témoignage.


Cette position a été confirmée par ses co-accusés. « Le quatrième, ce n'était pas lui », a confié Azzedine B., ajoutant : « mais je ne dirai pas qui c'est car j'ai déjà causé avec cette affaire pas mal de problèmes à ma famille et aux personnes que j'aime. J'ai peur. » Salah B. a également témoigné en faveur de l'innocence de Nabil S. : « C'était vraiment pas cet homme, il est innocent. Vous savez, j'habite en banlieue et je crains des représailles. On a déjà eu des menaces. »

Un élément troublant est apparu lors du procès concernant l'enquête menée sur l'alibi de Nabil S. Ce dernier affirmait être à Paris le jour du braquage pour rencontrer un fournisseur de la société Eurofood, dans le cadre de son activité de marchand de fruits et légumes. L'enquête avait conclu que cette société n'existait plus, rendant son alibi caduc. Cependant, coup de théâtre à l'audience : l'un des défenseurs de Nabil S. a produit un extrait K-bis d'Eurofood prouvant que la société existait toujours. « Douze sociétés portent le même nom. Le travail qui a été fait n'est pas sérieux », a souligné la défense. L'enquêteur de la police judiciaire, mis en difficulté, a reconnu son erreur à la barre.


Le profil atypique de Redouane El K.

Redouane El K., que nous avons eu l'honneur de défendre, présente un profil particulièrement atypique dans cette affaire. Ancien footballeur professionnel promis à une belle carrière, il était sorti du centre de formation de l'Olympique Lyonnais avec de réels espoirs d'évolution. Malheureusement, il a dénoncé son contrat en raison de l'omniprésence de son père, mettant fin prématurément à ses ambitions sportives.

Lors du procès, Redouane El K. a exprimé ses regrets : « Je regrette, on s'est retrouvé dans le braquage de la bijouterie Prévôt tous les trois ensemble. Mais c'est un concours de circonstances, une sorte de suicide. » Ces mots témoignent de la prise de conscience d'un jeune homme qui ne savait pas comment il en était arrivé là, illustrant parfaitement les dérives que peuvent connaître des jeunes en situation de précarité.


Le verdict et les enseignements de cette affaire

Après une semaine de procès et sept heures de délibéré, la cour d'assises de la Gironde a prononcé son verdict. Les quatre accusés ont été condamnés à huit ans de prison, y compris Nabil S. malgré les doutes soulevés sur sa participation effective au braquage. Cette décision a surpris les avocats de ce dernier, qui ont immédiatement fait appel de la condamnation.

Les trois auteurs reconnus du braquage ont choisi de faire profil bas lors de l'énoncé du verdict. Ils ont tour à tour exprimé leurs regrets : « C'est la première fois que j'ai un problème avec la justice et ce sera la dernière », « Je regrette mon erreur et souhaite emprunter un autre chemin », « Je vais tout faire pour remonter la pente ». Ces déclarations témoignent d'une prise de conscience tardive mais réelle des conséquences de leurs actes.


Cette affaire illustre plusieurs enjeux fondamentaux du droit pénal contemporain. Elle souligne d'abord l'importance d'une enquête rigoureuse et complète, comme l'a démontré l'erreur concernant l'existence de la société Eurofood. Elle met également en lumière les difficultés liées à l'établissement de la preuve dans les affaires d'association de malfaiteurs, où la participation de chacun doit être clairement établie.


Pour notre Cabinet, cette affaire a représenté un défi professionnel stimulant. Défendre Redouane El K. nous a permis de mettre en œuvre notre expertise en matière de défense pénale, tout en accompagnant un jeune homme dans une période particulièrement difficile de sa vie. Malgré la condamnation prononcée, nous restons convaincus que notre intervention a permis d'éclairer certains aspects de cette affaire complexe.


Cette affaire nous rappelle également l'importance de la prévention et de l'accompagnement des jeunes en difficulté. Le parcours de Redouane El K., ancien espoir du football professionnel, montre comment des circonstances personnelles peuvent conduire à des choix dramatiques. C'est pourquoi notre Cabinet s'engage non seulement dans la défense de nos clients, mais aussi dans une approche globale visant à comprendre et traiter les causes profondes de la délinquance.


Si vous vous trouvez confronté à une procédure pénale ou si vous avez besoin de conseils juridiques, n'hésitez pas à prendre rendez-vous avec notre équipe. Notre expérience dans la défense pénale nous permet d'accompagner nos clients avec rigueur et humanité, quelle que soit la complexité de leur situation.


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