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Affaire Claudine B. : la chambre de l’instruction ordonne sa remise en liberté sous contrôle judiciaire

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • 1 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Le 28 octobre 2025, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux a ordonné la remise en liberté de Claudine B, placée immédiatement sous contrôle judiciaire. Cette décision intervient près de quatre mois après sa condamnation par la cour d’assises de la Gironde, qui l’avait condamnée, le 4 juillet 2025, à quinze ans de réclusion criminelle pour des faits d’empoisonnement présumé remontant à 2011.

Cette décision ne préjuge en rien de l’issue du procès à venir : un appel ayant été formé, l’ensemble du dossier sera rejugé. Elle rappelle toutefois un principe essentiel : en procédure pénale, la liberté demeure le principe, et la détention l’exception, dont les conditions doivent être réexaminées avec rigueur, surtout lorsqu’il s’agit d’une personne de 80 ans.


Une condamnation lourde… mais non définitive

Le 4 juillet 2025, la cour d’assises de la Gironde a condamné Claudine B à quinze années de réclusion criminelle, pour deux épisodes d’empoisonnement présumé survenus en 2011, au moyen d’un pesticide interdit, au détriment de sa nièce d’adoption.

Notre cliente a immédiatement interjeté appel de cette décision. Le dossier sera donc rejugé devant une cour d’assises d’appel, qui devra réexaminer les faits, les expertises, les témoignages et les failles de l’enquête que nous n’avons cessé de dénoncer (instruction incomplète, absence d’analyses toxicologiques pour le premier épisode, incertitudes sur le mode d’administration, etc.).

Dans ce contexte, la chambre de l’instruction était saisie, non pas pour dire si Claudine B est coupable ou innocente, mais pour répondre à une question précise :

La détention provisoire d’une femme de 80 ans, condamnée mais en attente de son procès en appel, reste-t-elle juridiquement nécessaire ?

Ce que retient la chambre de l’instruction : l’âge, l’ancienneté des faits et les garanties de représentation

L’arrêt rendu par la chambre de l’instruction procède à un examen concret des critères légaux de la détention provisoire (notamment ceux prévus par l’article 144 du code de procédure pénale) : risque de fuite, risque de pression sur les témoins, risque de renouvellement des infractions, risque de trouble à l’ordre public, nécessité de préserver l’instruction ou d’éviter une concertation frauduleuse.

Sans revenir sur le fond du dossier – qui sera débattu devant la cour d’assises d’appel – la chambre relève notamment :

  • L’âge très avancé de Claudine B (80 ans), qui confère à la détention une rigueur particulière ;

  • L’ancienneté exceptionnelle des faits (2011), déjà soulignée par notre cabinet dès l’origine, et qui affaiblit l’argument d’un risque actuel de réitération ou de pression sur les témoins ;

  • Le fait que notre cliente a toujours répondu aux convocations des autorités judiciaires et a respecté les mesures qui lui étaient imposées ;

  • L’existence de garanties de représentation suffisantes : ancrage sur le territoire, stabilité de résidence, entourage identifié.

Au vu de ces éléments, la chambre de l’instruction estime que le maintien en détention n’apparaît plus nécessaire pour atteindre les objectifs qui peuvent, en droit, justifier une privation de liberté dans l’attente d’un nouveau procès. Elle choisit donc une mesure moins attentatoire à la liberté : la remise en liberté sous contrôle judiciaire.

Un contrôle judiciaire strict, à la place de la détention

La décision ne se traduit pas par une liberté « sans conditions ». Claudine B est désormais placée sous contrôle judiciaire, ce qui implique un ensemble d’obligations et d’interdictions destinées à :

  • Garantir sa représentation devant la cour d’assises d’appel ;

  • Prévenir toute pression sur les parties civiles, les témoins ou les proches impliqués dans le dossier ;

  • S’assurer qu’elle respecte le cadre judiciaire jusqu’au prochain procès.

À ce stade, ces mesures relèvent classiquement de ce que prévoit la loi en matière de contrôle judiciaire : obligations de résider à une adresse déterminée, interdictions de contact avec certaines personnes, interdiction de quitter un certain périmètre sans autorisation, éventuellement obligation de répondre aux convocations d’un service ou d’une autorité désignée, etc.

Le message de la chambre de l’instruction est clair : la privation de liberté n’est pas un moyen de « figer » une personne dans le rôle qui lui a été attribué au procès de première instance, surtout lorsque la décision de condamnation est contestée et que des débats substantiels doivent encore se tenir en appel.

Rigueur probatoire et humanité : la continuité de notre ligne de défense

Depuis l’origine, notre cabinet a défendu une ligne constante dans l’affaire B :

  1. La primauté de la preuve sur le récit : Nous avons dénoncé le risque d’une justice narrative, où l’on reconstruit un personnage – la « tante empoisonneuse » – au détriment d’une analyse rigoureuse des éléments matériels :

    • absence de résidu d’aldicarbe saisi chez notre cliente ;

    • absence d’analyses toxicologiques pour le premier épisode ;

    • incertitudes sur les modalités concrètes d’administration de la substance ;

    • pistes alternatives insuffisamment explorées (notamment le rôle de tiers dans la mécanique des assurances-vie).

  2. La critique d’une procédure incomplète : Nous avons souligné les vérifications manquantes ou non versées au dossier, les investigations qui auraient dû être conduites, et les conséquences de ces lacunes sur le droit à un procès équitable.

  3. La prise en compte de la temporalité : Juger, plus d’une décennie après les faits, une femme très âgée, en la condamnant à un enfermement de longue durée, pose des questions fondamentales d’humanité et de proportionnalité.

La décision de la chambre de l’instruction s’inscrit dans cette tension :

  • Oui, une condamnation lourde a été prononcée en première instance ;

  • Mais non, cela ne dispense pas les juridictions du second degré de réexaminer la nécessité de priver une personne de liberté pendant des années alors même qu’un nouvel examen des faits est programmé.

En ce sens, cette remise en liberté est cohérente avec les principes de notre procédure pénale, qui font de la détention l’exception et de la liberté surveillée la règle, chaque fois que la première n’est plus strictement indispensable.

Et maintenant ? Un long chemin vers le procès d’appel

Comme le rappelle la presse, le fait que Claudine B soit désormais libre, bien que sous contrôle judiciaire, n’est pas sans conséquence sur la suite de la procédure :

  • Les accusés détenus sont prioritaires devant les cours d’assises ;

  • Les accusés libres, eux, sont jugés dans un second temps.

Concrètement, le nouveau procès de Claudine B pourrait n’intervenir que dans plusieurs années. D’ici là, notre cliente, qui a toujours contesté les faits, demeure dans une position singulière :

  • elle reste sous le coup d’une condamnation lourde, mais non définitive ;

  • elle doit respecter scrupuleusement son contrôle judiciaire ;

  • elle attend qu’une nouvelle juridiction populaire (cour d’assises d’appel) se prononce, à l’issue de débats où nous entendons remettre au centre la preuve, les lacunes de l’enquête et la réalité humaine de ce dossier.

La position de notre cabinet : défendre le droit, même dans les affaires les plus impopulaires

Notre mission, dans l’affaire Claudine B comme dans d’autres dossiers criminels médiatisés, est double :

  • Protéger les droits de la défense, quel que soit le regard porté par l’opinion publique sur l’accusé ;

  • Veiller à ce que le droit pénal reste gouverné par la preuve, la proportionnalité et l’humanité, et non par la seule force des récits, des fantasmes ou de la pression médiatique.


La remise en liberté de Claudine B sous contrôle judiciaire n’est ni une victoire « contre » les victimes, ni une négation de leur souffrance. C’est l’application, par une juridiction spécialisée, des principes fondamentaux de notre procédure pénale à une situation particulière :celle d’une femme de 80 ans, condamnée mais en attente d’un nouveau procès, pour des faits commis il y a plus d’une décennie, dans un dossier que nous continuons de considérer comme fragilisé sur le plan probatoire.



Vous faites face à une procédure criminelle ou à une détention que vous souhaitez contester ? Notre cabinet intervient régulièrement devant les cours d’assises et la chambre de l’instruction, partout en France.

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