Location de photocopieur : deux contrats annulés à Bordeaux
- Julien Plouton - Avocat à la Cour

- 3 nov. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 nov. 2025
Les 28 janvier et 3 février 2025, la Cour d'appel de Bordeaux a rendu deux arrêts annulant des contrats de location financière de photocopieurs au profit de deux sociétés de Pompes Funèbres, toutes deux représentées par le Cabinet SELAS Julien Plouton, avocats au barreau de Bordeaux. Ces décisions sanctionnent un montage commercial trompeur fondé sur une fausse « participation commerciale » et confirment la protection des petites entreprises face aux clauses abusives, dans la lignée de nos précédentes victoires contre ces contrats ayant permis de récupérer plus de 100 000 € pour nos clients.
La problématique avait déjà été illustrée par cette affaire de vente de photocopieur sanctionnée en appel impliquant un salon de coiffure.
Une pratique commerciale trompeuse : la « participation commerciale » comme leurre
Au cœur du litige, un montage contractuel sophistiqué élaboré par la société Matécopie, aujourd'hui en liquidation judiciaire. Cette dernière proposait aux petites structures professionnelles — souvent éloignées des circuits juridiques — la vente et la maintenance de matériels bureautiques (photocopieurs Olivetti), accompagnées de contrats de location financière conclus avec des sociétés tierces, telles que Locam, NBB Lease ou Leasecom.
Le procédé reposait sur une illusion financière. Matécopie s'engageait à verser à ses clients une « participation commerciale » censée compenser le coût de la location. Dans les faits, cette participation — présentée comme un avantage — ne leur était jamais réellement versée, laissant les sociétés liées à des loyers mensuels élevés sans contrepartie.
Deux sociétés de Pompes Funèbres piégées par le même montage
Les deux dossiers portés devant la Cour d'appel de Bordeaux illustrent l'ampleur du procédé :
1ère société de Pompes Funèbres : contrat de location signé en 2019 pour 386 € HT par mois, avec la promesse d'un versement de 6 728 € de participation commerciale.
2nde société de Pompes Funèbres : engagement pour 450 € HT par mois, sur la foi d'un chèque de 8 010 € TTC qui ne fut jamais honoré après la liquidation de Matécopie.
Dans les deux cas, les loyers ont continué à être prélevés par les sociétés de location financière, alors même que la contrepartie promise s'évaporait.
L'intervention du Cabinet Plouton : faire annuler les contrats abusifs
Le Cabinet Plouton est intervenu dans ces deux affaires en qualité de représentant des sociétés appelantes devant la Cour d'appel de Bordeaux. L'enjeu commun : faire reconnaître la nullité des contrats conclus sous l'influence de manœuvres dolosives et en violation des règles du Code de la consommation.
Le cabinet a invoqué deux fondements juridiques complémentaires :
L'application du Code de la consommation (articles L.221-3 et suivants) : les sociétés clientes, employant moins de 5 salariés et démarchées hors établissement, devaient bénéficier du droit de rétractation.
Le dol : les fausses promesses de participation commerciale ont été jugées déterminantes du consentement, constituant de véritables manœuvres trompeuses.
Une double victoire devant la Cour d'appel de Bordeaux
Arrêt du 28 janvier 2025 : nullité fondée sur le droit de rétractation
La Cour a annulé les contrats Matécopie de 2015 et 2019, estimant que la société de Pompes Funèbres devait bénéficier du droit de rétractation, les contrats ayant été conclus hors établissement. Cette nullité, fondée sur le Code de la consommation, a entraîné la caducité automatique du contrat de location financière signé avec Leasecom.
Arrêt du 3 février 2025 : nullité pour dol et complicité du loueur
La Cour a prononcé la nullité du contrat de 2017 pour non-respect du droit de rétractation, et a également annulé le contrat de 2019 pour dol. Les juges ont retenu que :
le versement de la participation commerciale constituait un élément déterminant du consentement ;
Leasecom avait pleine connaissance de la manœuvre et avait participé à l'opération d'ensemble.
Cette double analyse, fondée à la fois sur le droit de la consommation et sur le droit commun du contrat, renforce la protection des petites structures face à des pratiques commerciales trompeuses.
Les effets concrets des décisions : restitutions et réparations
Les deux arrêts ordonnent des restitutions réciproques destinées à replacer les parties dans la situation antérieure aux contrats :
Restitution des loyers : Leasecom et NBB Lease sont condamnées à restituer les loyers perçus, avec intérêts légaux et capitalisation.
Indemnité de jouissance : en contrepartie, les sociétés de pompes funèbres verseront 100 € par mois pour l'usage du matériel.
Restitution du matériel : Leasecom doit récupérer, à ses frais, le photocopieur encore en possession des sociétés.
Dommages et intérêts alloués aux sociétés appelantes en réparation du préjudice subi.
Une jurisprudence consolidée pour protéger les TPE
Ces arrêts s'inscrivent dans la lignée des décisions précédemment obtenues par le Cabinet Plouton, visant à protéger les TPE et artisans contre des pratiques de location financière abusives. En appliquant les dispositions du Code de la consommation à des professionnels non avertis, la Cour d'appel de Bordeaux conforte une tendance jurisprudentielle protectrice et cohérente.
« Cette jurisprudence rétablit un équilibre essentiel dans la relation entre petites entreprises et sociétés de financement. Le droit de la consommation ne s’arrête pas à la porte des professionnels », explique Me Mathilde Manson.
Citation authentique – Cour d'appel de Bordeaux, 3 février 2025
« Le montage contractuel proposé par la société Matécopie, fondé sur une participation commerciale fictive, a eu pour effet d’induire en erreur la société de Pompes Funèbres sur le coût réel de l’opération. Le consentement ainsi obtenu, vicié par des manœuvres dolosives, justifie la nullité du contrat de location financière conclu avec la société Leasecom, laquelle ne pouvait ignorer les causes de nullité affectant l’opération d’ensemble. »(Cour d’appel de Bordeaux, 4e chambre civile, 3 février 2025, RG 23/00286)
Un accompagnement durable en droit de la consommation et contrats professionnels
Le Cabinet Julien Plouton poursuit son engagement auprès des petites entreprises et artisans, afin de garantir le respect de leurs droits dans les relations contractuelles. Qu'il s'agisse de démarchage commercial, de location financière ou de clause abusive, le cabinet veille à rétablir l'équilibre entre partenaires économiques.






Commentaires