top of page

Tirs contre le videur d'une discothèque de Mimizan : de 30 ans encourus devant la cour d'assises à une condamnation à sept ans devant le Tribunal correctionnel

Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
Julien Plouton - Avocat à la Cour
il y a 8 heures
8 min de lecture

Cabinet Julien Plouton, avocat au barreau de Bordeaux


Le 15 septembre 2026, le tribunal correctionnel de Mont-de-Marsan a condamné notre client à sept ans d'emprisonnement pour des violences commises avec une arme dans la nuit du 17 au 18 avril 2024, à Mimizan Plage. Le ministère public avait requis dix ans d'emprisonnement. Mis en examen à l'origine pour une double tentative de meurtre à l'encontre du vigile et du gérant de la discothèque, notre client encourait une mise en accusation devant la cour d'assises. Il a finalement été jugé par un tribunal correctionnel. Ce parcours est le fruit d'un travail de défense mené dès l'instruction, aux côtés de Me Margaux Castex.


Les faits

Cette nuit-là, un homme se voit refuser l'entrée d'une discothèque de la station balnéaire. Après plusieurs échanges avec l'agent de sécurité, il revient devant l'établissement muni d'un revolver et fait feu à deux reprises dans sa direction. Heureusement, personne n'est blessé. L'auteur des tirs prend la fuite et sera interpellé des mois plus tard, sur mandat d'arrêt alors qu'il s'est réfugié au Maroc. Après prés d'un an d'incarcération au Maroc, il est extradé, puis mis en examen par un juge d'instruction du Tribunal judicaire de Mont de Marsan et placé en détention provisoire.

La matérialité des tirs n'a jamais été contestée. Le cœur du débat judiciaire était ailleurs : l'intention. Poursuivre un homme pour double tentative de meurtre suppose de démontrer qu'il a voulu tuer. C'est cette démonstration que la défense a contestée, pièce par pièce.


Le temps de l'instruction : écarter l'intention homicide


Le cadre juridique

L'élément moral du meurtre est double : la volonté de tirer et l'intention de donner la mort. Faute d'aveu, les juges caractérisent cette intention homicide à partir d'un faisceau d'indices. Dans une espèce comparable, la Cour de cassation a approuvé une chambre de l'instruction d'avoir retenu la seule qualification de violences volontaires à l'encontre d'un homme qui avait pourtant fait usage d'une arme à feu à proximité de sa victime. Elle a jugé que « le contexte du tir, la direction du tir et le comportement » de l'auteur après les faits « ne caractérisent pas une volonté homicide », dès lors qu'« aucune zone létale de la victime n'a été visée par le tir » (Crim. 17 décembre 2019, n° 19-86.422).

Dans le cadre de notre affaire, notre client contestait justement cette intention homicide. Le 1er Tir avait été filmé par la caméra de vidéosurveillance de la discothèque et les impacts de balles ont identifiés sur les lieux des faits ce qui a conduit à la réalisation d'une expertise balistique. Après l'avis de fin d'information, nous avons adressé au juge d'instruction des observations contestant l'intention homicide, en développant une analyse tir par tir.


Le premier tir : un geste défensif, dirigé vers le sol

Une dynamique de recul. La vidéosurveillance de l'établissement montre notre client arrivant devant la discothèque avec l'arme. Il la sort brièvement à deux reprises, d'abord de la main droite, puis à deux mains, la main gauche venant seulement en soutien, avant de la ranger dans son jogging, toujours de la main droite. Cette séquence coïncide exactement avec le moment où le portier fait mine de sortir et où la porte s'entrouvre. Surtout, le seul déplacement de notre client consiste non pas à se rapprocher du portier, mais à esquisser un mouvement de recul immédiatement après avoir sorti l'arme pour la première fois. C'est d'ailleurs pour cette raison que son visage disparaît du champ de la caméra à partir de cet instant. Cette concomitance traduit une attitude défensive face à une menace qu'il pensait sur le point de l'atteindre.

Un tir sans visée. Lorsque la porte s'ouvre entièrement, notre client relève précipitamment l'arme, toujours de la main droite, et fait feu sans prendre le temps d'une visée correcte. Il a expliqué ce geste hâtif par le stress et par la crainte que le vigile ne « cherche le contact ». Sa gestuelle après le tir laisse transparaître une forme de surprise, comme s'il n'avait pas pleinement mesuré la portée de son geste. L'ensemble de la séquence est extrêmement bref : selon l'horodatage des images, huit secondes séparent la première présentation de l'arme, à 3 h 03 min 55 s, du coup de feu, à 3 h 04 min 03 s.

Un tir dirigé vers le bas. Notre client a toujours affirmé avoir visé le sol et non le vigile. Le rapport balistique le confirme. En se référant à la hauteur de l'impact sur la porte vitrée, la reconstitution établit un angle d'inclinaison de l'arme de 10°, orientant la trajectoire vers le bas de la porte. L'expert relève que ces constatations correspondent aux déclarations de notre client sur son intention de ne pas viser directement le vigile. Il ajoute que le bras est « vaguement levé pour faire feu presque instantanément », ce qui laisse penser qu'« aucune prise de visée correcte n'a été faite ».

Une fuite immédiate. Notre client s'est enfui instantanément après ce tir, alors même que le vigile se dirigeait rapidement vers lui. Cette fuite n'a aucun sens dans l'hypothèse d'une tentative de meurtre. S'il avait réellement voulu tuer, il aurait attendu le rapprochement pour tirer à courte distance dans une zone vitale, avec une issue fatale quasi certaine.


Le second tir : une reconstitution faussée, un tir dirigé vers la palissade

Notre client a constamment déclaré s'être senti suivi dans sa fuite et avoir tiré dans la palissade pour faire peur au vigile et assurer sa fuite, et non pour lui donner la mort. L'accusation s'appuyait sur la hauteur de l'impact, proche de la taille de la victime, pour soutenir le contraire. La défense a mis en évidence les faiblesses de cette démonstration.

Des mesures d'inclinaison incertaines. Le rapport balistique repose en partie sur les constatations de la police technique et scientifique. Or celles-ci précisent qu'une baguette balistique a été insérée dans la perforation de la latte pour déterminer la trajectoire et en déduire la position du tireur, mais que son poids et sa longueur, qui obligeaient à la maintenir manuellement, ont « vraisemblablement faussé les mesures affichées sur l'inclinomètre ».

Une reconstitution réalisée avec la mauvaise main. Sur les clichés de reconstitution, le plastron censé représenter notre client tient l'arme de la main gauche. Notre client est certes gaucher, mais le rapport lui-même retient un premier tir de la main droite. La vidéosurveillance confirme l'usage systématique de cette main, et l'expert s'interrogeait d'ailleurs sur une éventuelle ambidextrie. Les images montrent encore notre client prenant la fuite après le premier tir, l'arme toujours en main droite, à 3 h 04 min 04 s. Le très bref intervalle entre les deux tirs, en pleine course, ne lui a matériellement pas laissé le temps de changer l'arme de main. Interrogé sur ce point, il a confirmé l'hypothèse de l'expert en expliquant accomplir spontanément de nombreuses activités de la main droite, comme la boxe, qu'il pratique en garde de droitier. Il a de nouveau affirmé avoir tiré de la main droite.

Des conséquences décisives sur la trajectoire. La main utilisée influe nécessairement sur la position du tireur, dont notre client a toujours indiqué qu'elle était plus éloignée de la palissade que ne le retient la reconstitution. Elle influe aussi sur l'orientation de son buste, donc sur son champ visuel et sur sa marge de tir, nécessairement plus large. Tous ces éléments convergent vers un tir volontairement dirigé vers la palissade, et non vers un tir mortel ayant manqué sa cible.

Une fuite poursuivie. Déjà en fuite au moment du second tir, notre client a continué de s'éloigner sans chercher le contact. Le vigile l'a lui-même décrit : après ce tir, l'auteur est reparti en courant vers le véhicule qui l'attendait.


La seconde victime désignée

Le gérant de l'établissement n'est jamais évoqué dans les déclarations de notre client. Aucune altercation ne les avait opposés, à la différence de l'échange intervenu avec le vigile. Il n'apparaît pas sur les images de vidéosurveillance et n'a à aucun moment été visé par l'arme. Aucun acte de violence n'avait donc été commis à son encontre, et aucune infraction ne pouvait être caractérisée à son égard.


La requalification

Comme dans l'arrêt de 2019, le contexte des tirs, leur direction et le comportement de notre client après chacun d'eux excluaient toute intention homicide. La défense a également rappelé que des faits similaires, des tirs à la sortie d'une boîte de nuit, avaient déjà été jugés dans le même ressort sous une qualification correctionnelle, en comparution immédiate. Elle a en conséquence demandé que soit retenue la qualification de violences volontaires avec arme n'ayant entraîné aucune incapacité totale de travail, au seul préjudice du vigile.

La correctionnalisation a été obtenue.


Devant le tribunal correctionnel : l'homme derrière les faits




À l'audience, le ministère public a insisté sur la gravité des faits et la dangerosité du prévenu. Il soutenait que l'intention homicide pouvait se présumer du second tir et que la préméditation était établie. Il a requis dix ans d'emprisonnement.

En défense, Maitre Plouton a d'abord restitué la dynamique des faits telle que l'instruction l'avait éclairée. Un premier tir pour se protéger d'une sortie du vigile, qui entrouvrait la porte et tenait probablement une bombe lacrymogène. Un second pour assurer sa fuite, alors que le vigile s'était avancé dans la rue jouxtant la discothèque.

Il a ensuite rappelé qui est l'homme jugé. Un enfant mal grandi dans la violence exercée par ses deux parents. Les expertises ont mis en évidence des troubles psychiques qui interrogent sur son degré de lucidité au moment des faits. Ces éléments devaient peser dans l'appréciation de l'intentionnalité et venaient minorer la préméditation. Associée à la consommation d'alcool, cette fragilité pouvait placer cet homme dans un état de dissociation difficilement compatible avec la détermination réfléchie qui caractérise un projet prémédité.

Maître Plouton a également souligné la volonté de coopération de son client, qui a fait en sorte que l'arme soit remise aux services de police deux jours seulement après les faits.

Il a enfin exposé les éléments favorables de sa personnalité : sa capacité à entretenir des liens positifs avec ses proches, les soins engagés en détention, et le pronostic favorable de l'expert psychiatre quant à son évolution et à sa réinsertion, sous réserve d'une prise en charge médicale durable et du maintien de l'abstinence à l'égard des toxiques.

Il a demandé au tribunal de ne pas s'en tenir au seul passé judiciaire du prévenu, dont il n'a jamais minimisé le poids. Mais aussi et surtout, d'intégrer dans le quantum de la peine la volonté d'apaisement exprimée tant par les parties civiles que par le prévenu. De l'instruction jusqu'à l'audience, celui-ci n'a cessé d'exprimer ses regrets et son empathie envers le vigile visé par ses tirs.


La décision

Le tribunal a condamné notre client à sept ans d'emprisonnement, soit trois ans de moins que les réquisitions. S'il a retenu la préméditation, il a jugé qu'aucune atteinte n'avait été portée au gérant de l'établissement, rejoignant sur ce point l'analyse développée par la défense dès l'instruction.

Notre client a déjà effectué deux années de détention provisoire. Cette peine lui ouvre la perspective d'un aménagement d'ici quelques mois, à condition qu'il poursuive en détention les efforts de soins et de réinsertion engagés.


Ce que cette affaire rappelle

Une qualification pénale ne se présume pas : l'intention de tuer se démontre, à partir des faits, des images et des expertises, et non de la seule gravité apparente d'un geste. Et juger un acte n'interdit pas de comprendre la personne qui l'a commis. La gravité des faits appelait une réponse pénale ferme ; la défense n'a jamais soutenu le contraire. Mais la peine doit rester individualisée et tenir compte de l'histoire, de la santé psychique et des capacités d'évolution de celui qui la subit. C'est cette double exigence, rigueur dans la qualification et justesse dans la peine, que la défense a portée de l'instruction jusqu'à l'audience.


Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
divorce v2.jpg

Vous êtes concerné par cette situation ?
Nos avocats vous écoutent et vous conseillent.

RESSOURCES

Le droit expliqué clairement,
par des avocats.
48 articles pour comprendre vos droits, quelle que soit votre situation.

Image de Fahad Bin Kamal Anik

Une question sur vos droits ? Contactez le cabinet Plouton.

Nous appelerJe prends rendez-vous !
bottom of page