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Braquage bijouterie Prévôt à Bordeaux : le gang jugé

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • 16 juin 2014
  • 3 min de lecture

Quatre braqueurs originaires de la région lyonnaise sont jugés à partir du lundi 16 juin 2014 par la cour d'assises de la Gironde pour le braquage à main armée de la bijouterie Prévôt, commis le 12 mars 2012 au 8, rue Franklin à Bordeaux. Salah B., Azzedine B., Redouane El K. et Nabil S. encourent de lourdes peines criminelles. Le verdict est attendu vendredi.

Le braquage de la bijouterie Prévôt, le 12 mars 2012

Ce matin-là, à 10 h 30, tout bascule pour quatre vendeuses, un horloger, un joaillier et une aide-comptable. Un client se présente, sonne et se fait ouvrir les portes de la bijouterie. C'est une mise en scène : deux complices lui emboîtent le pas.

Une fois la barrière du sas passée, les braqueurs vont très vite. Armés, encagoulés, grimés ou affublés de perruques ou de masques représentant un vieillard, ils se montrent organisés. Et déterminés.

Menacées par une arme de poing, trois vendeuses sont sommées de s'allonger sur le sol tandis que d'autres membres du personnel sont tenus en joue. Les malfaiteurs leur ligotent les mains dans le dos avec des colliers de serrage en plastique sortis de leurs effets, les relèvent sèchement et les conduisent sans ménagement à l'arrière. L'un d'eux fait main basse sur des montres de marque, un autre s'attaque à une vitrine de luxe qu'il vide par poignées avides.

L'alerte donnée par un avocat voisin

Les braqueurs entendent repartir avec leur butin aussi soudainement et discrètement qu'ils sont arrivés. C'était sans compter l'intervention d'un… avocat. Son cabinet se situe également au 8, rue Franklin. Par une fenêtre ouverte à l'étage, il a entendu des éclats de voix, compris ce qui se passait et prévenu la police.

À la vue des patrouilleurs, les braqueurs prennent la fuite par l'atelier qui donne sur l'arrière. Ils abandonnent leurs sacs remplis de bijoux, dont un contenait plus de 150 000 euros de marchandises.

Une chasse à l'homme dans le centre de Bordeaux

S'ensuit une véritable chasse à l'homme. Poursuivis par les policiers, les trois braqueurs sautent de toit en toit, courent sur des terrasses ou des pans de murs en aplomb du vide, empruntent les cours intérieures, entrent et sortent par des locaux professionnels alentour, grimpent et dévalent des escaliers, n'hésitant pas à jeter des projectiles sur leurs poursuivants, passent par les faux plafonds…

Chemin faisant, ils cassent des tuiles, brisent des fenêtres, enfoncent des portes, s'essoufflent, se séparent, sèment leurs déguisements, se blessent, en tombant de plusieurs mètres ou à cause des bris de verre.

Ces traces de leur passage conduisent les policiers jusqu'à la cabine d'essayage d'un magasin de la rue Voltaire et à un autre du cours de l'Intendance, où les trois hommes sont interpellés. Moins d'une demi-heure après le début du braquage.

Entre-temps, le quartier a été bouclé, un hélicoptère sorti, des hommes du Groupement d'intervention de la police nationale (GIPN) postés sur les toits, des unités au sol renforcées pour quadriller le secteur.

Un « gang des Lyonnais bis » venu faire un gros coup

Les enquêteurs de la brigade de répression du banditisme de la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ), saisis de l'enquête, en apprendront un peu plus sur ces braqueurs venus de l'est, formant un gang des Lyonnais bis.

Jeunes, originaires du Rhône, endettés, ils s'étaient munis d'un pistolet automatique de calibre 7,65 mm, approvisionné. Ils étaient venus à Bordeaux faire un gros coup.

En garde à vue, quand ils ont parlé, ce n'était pas d'une même voix. L'un dit qu'ils auraient roulé toute la nuit et jeté leur dévolu sur la bijouterie Prévôt « parce qu'il y avait de belles choses en vitrine ». Un autre dira qu'ils avaient fait un repérage sur Internet. Le quatrième homme sera arrêté un an plus tard.

Des victimes profondément traumatisées

Le scénario semble digne d'un bon film policier. Mais pour le personnel de la bijouterie présent ce jour-là, ce n'était pas du cinéma. Les expertises réalisées sur ces témoins du braquage insistent sur les stigmates psychologiques laissés par les faits : « reviviscences » chez les uns, « peur chronique », « sentiment d'insécurité », « état d'urgence intérieur » chez les autres.

Une des vendeuses effectuait sa première journée dans le magasin. Une autre avait déjà vécu un braquage et s'était persuadée que cela ne pouvait pas se reproduire. Une autre encore avait gardé avec elle son enfant de huit ans souffrante ce jour-là, le temps que le père vienne la chercher. Son sommeil a été habité de cauchemars la ramenant inlassablement rue Franklin.

Durant cette semaine d'audience devant la cour d'assises de la Gironde, les victimes devront à nouveau revivre ces faits traumatisants. Le verdict est attendu vendredi.

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