Proxénétisme aggravé à Bordeaux : verdict du tribunal
- Julien Plouton - Avocat à la Cour

- 26 janv. 2011
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr. 2025
Verdict du procès : ce qu'a décidé le tribunal correctionnel de Bordeaux
Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné trois ressortissants nigérians pour proxénétisme aggravé. La chambre de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) a prononcé deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis contre « It » et « Fina », et un an avec sursis contre leur complice surnommé « Tonton ». L'affaire portait sur un réseau de prostitution opérant depuis un studio rue Dubourdieu à Bordeaux.
Les faits : un studio rue Dubourdieu au cœur du réseau
L'enquête a mis en lumière l'organisation d'un réseau de prostitution dans un studio bordelais. Avant que Fina, une ancienne prostituée, ne s'installe en région parisienne avec son compagnon, ce dernier réglait le loyer du studio qu'elle occupait rue Dubourdieu à Bordeaux. Mais elle n'y vivait pas seule. D'autres prostituées logeaient également dans l'appartement et lui reversaient une part de leurs gains.
Les enquêteurs ont relevé un indice révélateur : neuf brosses à dents se trouvaient dans le logement, contredisant la version du compagnon qui affirmait ignorer la nature des activités sur place. « Quand je venais, c'est ma photo qu'il y avait au mur », assure le quinquagénaire, ancien agent de la sécurité de l'ambassade du Nigeria, mis à pied après les soupçons de proxénétisme aggravé.
Les écoutes téléphoniques : « Tonton » et les « sisters »
Les interceptions téléphoniques ont constitué une pièce centrale du dossier. Dans les écoutes, la jeune femme réclame en permanence et avec insistance de l'argent. Sa justification : « Des loyers impayés et des foulards que fabrique ma sœur et que j'ai vendus à Bordeaux. »
Le prévenu nigérian joue les naïfs. Il ne fournit aucune explication sur l'utilisation d'un prête-nom pour recevoir des mandats envoyés par des prostituées bordelaises. Surnommé « Tonton », il s'est vu railler par le président Couhé : « Tiens, comme les proxénètes. » Le président a ironisé sur la structure du réseau : « Dans les affaires de prostitution, il y a aussi les mamas qui collectent l'argent. Et parfois le tonton se marie avec une mama. »
Les réquisitions du parquet
Le vice-procureur Denis Chausserie-Laprée a rappelé froidement qu'il n'aime pas les menteurs. Selon lui, même si les prévenus ont tout fait pour égarer le tribunal, il n'est pas dupe.
Le ministère public a requis :
Dix-huit mois de prison dont quatorze avec sursis et une amende de 10 000 euros contre les deux « sisters »
Un an avec sursis contre le « tonton »
La défense : relaxe plaidée sur un « témoignage indirect »
Me Julien Plouton s'est indigné avec feu qu'on accuse « It » (prononcer Haïti) sur un témoignage indirect, qui n'est confirmé qu'en apparence par les surveillances et constatations des policiers.
À l'été 2009, une prostituée avait en effet accusé sa cliente, qui prétend être femme de ménage en Italie mais a souvent été vue à Bordeaux, de récolter l'argent de plusieurs prostituées. La défense a plaidé la relaxe.
Me Sandrine Joinau-Dumail, qui défend l'autre « sister », Fina, et son compagnon « Tonton », s'est efforcée de rendre crédible la thèse des loyers impayés et des foulards. Elle a plaidé la relaxe pour lui, qui « n'est pas au courant du quart du tiers », et fait valoir que Fina s'est rangée de la prostitution.
La décision finale du tribunal
Après en avoir délibéré, le tribunal correctionnel de Bordeaux a déclaré les trois prévenus coupables de proxénétisme aggravé. Les peines prononcées sont les suivantes :
« It » et Fina : deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis
Le compagnon de Fina, « Tonton » : un an avec sursis
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