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Affrontements en marge d’un match de football à la Beaujoire : Un procès devant la cour d’assises devrait avoir lieu en 2027

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Le 2 décembre 2023, en marge d’une rencontre de Ligue 1 opposant le FC Nantes à l’OGC Nice, un supporter nantais de 31 ans et membre de la Brigade Loire, perdait la vie après avoir été poignardé aux abords du stade de la Beaujoire. Plus de deux ans après les faits, la chambre de l’instruction de Rennes a confirmé le renvoi du chauffeur VTC mis en cause, devant la cour d’assises pour meurtre.

Saisi dans cette affaire par le mis en cause, le Cabinet PLOUTON assurera sa défense devant la cour d’assises de Loire-Atlantique.

 

Un déplacement de supporters qui vire au drame

Le soir du 2 décembre 2023, plusieurs dizaines de supporters niçois rejoignent Nantes afin d’assister à la rencontre opposant leur équipe au FC Nantes. Une partie d’entre eux, arrivée par avion, commande plusieurs VTC pour rejoindre le stade de la Beaujoire. Le convoi emprunte alors un itinéraire passant à proximité d’un lieu de rassemblement habituel de supporters nantais.

La situation dégénère rapidement lorsqu’un groupe de supporters nantais prend à partie les véhicules transportant les supporters niçois. Des violences éclatent autour des VTC. Au cours de ces affrontements, un chauffeur, préalablement sorti de son véhicule porte deux coups à un individu. Grièvement blessé, ce dernier succombe à ses blessures peu après les faits.

 

Dans la nuit, le chauffeur se présente de lui-même aux services de police et reconnaît être l’auteur des coups de couteau. Il affirme toutefois avoir agi dans un contexte de forte tension, après s’être retrouvé encerclé et agressé par plusieurs supporters et soutient n’avoir jamais eu l’intention de donner la mort.

 

L’enquête met également en lumière le rôle d’un second chauffeur VTC, poursuivi notamment pour violences et destruction de preuves après la disparition d’enregistrements vidéo issus de son véhicule, qui a finalement accepté, le 11 mars dernier la peine proposée lors d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.

 

(Sources : L’Équipe ; Le Parisien)


 

La procédure et l’intervention du Cabinet : du juge d’instruction à la cour d’assises

 

Rapidement après les faits, une information judiciaire est ouverte. Le chauffeur est mis en examen pour homicide volontaire puis placé en détention provisoire. Les investigations s’appuient notamment sur de nombreuses vidéos, témoignages et expertises destinées à reconstituer précisément le déroulement des événements.

 

Par la suite, après plusieurs mois de détention provisoire, le mis en examen, par le biais de son conseil Maître Plouton, obtient sa remise en liberté accompagnée d’un placement sous bracelet électronique.

Seulement, après un appel interjeté par le ministère public, la chambre de l’instruction de Rennes infirme la décision du juge des libertés et de la détention et décide de le maintenir en détention provisoire.

 

À l’issue de l’instruction, le parquet de Nantes requiert son renvoi devant la cour d’assises pour meurtre. Le juge d’instruction suit ces réquisitions et rend, le 31 décembre 2025, une ordonnance de mise en accusation devant la cour d’assises de Loire-Atlantique.

 

Saisie de l’appel de cette ordonnance de mise en accusation, la chambre de l’instruction de Rennes, par un arrêt rendu en mai 2026 confirme le renvoi de l’accusé devant la cour d’assises pour homicide volontaire ouvrant la voie à un procès devant la cour d’assises d’ici un an.

 

L’intervention du cabinet, en défense des intérêts de l’accusé, sera finalement centrale dans ce dossier particulièrement sensible, marqué par une forte émotion médiatique et sportive.

 

L’enjeu consistera notamment, lors du procès devant la Cour d’assises, à replacer les faits dans leur contexte exact, à analyser les circonstances de l’affrontement et à discuter l’existence ou non d’une intention homicide.

 

Il semble ici nécessaire de rappeler que si la chambre de l’instruction a confirmé la qualification de meurtre, cette décision ne préjuge pas de l’issue du procès criminel. Il appartiendra à la cour d’assises, et à ses jurés, d’apprécier souverainement les faits, les éléments de personnalité de l’accusé ainsi que l’ensemble des circonstances entourant le drame, afin de déterminer la qualification pénale définitive et, le cas échéant, la peine qui sera la plus adaptée eu égard à l’ensemble de ces éléments.


La requalification au procès criminel


La requalification au procès criminel désigne le pouvoir reconnu à la juridiction de jugement de modifier la qualification juridique initialement attribuée aux faits poursuivis. En effet, la qualification retenue lors de l'instruction ou dans l'ordonnance de mise en accusation n'est pas intangible. Au cours des débats devant la cour d'assises, les éléments de preuve, les témoignages ou les explications de l'accusé peuvent conduire les juges à considérer que les faits correspondent à une incrimination différente de celle envisagée à l'origine.

Ce pouvoir de requalification découle de la mission du juge pénal d'appliquer la règle de droit adéquate aux faits qui lui sont soumis. La cour d'assises n'est donc pas liée par la qualification proposée par le ministère public ou retenue lors de l'instruction. Elle peut restituer aux faits leur véritable qualification juridique dès lors qu'elle demeure saisie des mêmes faits matériels. Ainsi, une accusation de meurtre peut être requalifiée en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner si l'intention homicide n'est pas établie, ou encore en assassinat lorsque la préméditation est démontrée au cours des débats.

Toutefois, ce pouvoir connaît d'importantes limites destinées à garantir le respect des droits de la défense et le caractère équitable du procès. Conformément aux exigences de l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, l'accusé doit être mis en mesure de connaître la qualification susceptible d'être retenue contre lui et de présenter utilement ses observations. La requalification ne peut donc intervenir de manière imprévisible ou porter sur des faits nouveaux qui n'auraient pas été soumis au débat contradictoire. Elle doit uniquement concerner les faits visés par l'accusation et discutés à l'audience.

La requalification joue un rôle essentiel dans la recherche de la vérité judiciaire et dans la bonne application de la loi pénale. Elle permet à la juridiction de jugement d'adapter la qualification juridique à la réalité des faits révélée au cours du procès, tout en assurant le respect des principes fondamentaux de la procédure pénale. Ses conséquences peuvent être considérables puisqu'elle est susceptible d'influer sur la nature de l'infraction retenue, sur la peine encourue et, plus largement, sur l'issue du procès criminel.

 

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