Assassinat de Barsac : 22 ans de réclusion aux assises
- Julien Plouton - Avocat à la Cour

- 31 mars 2023
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr. 2025
Le 19 septembre 2020, Amar B. était assassiné devant son domicile à Barsac (Gironde) de trois coups de feu tirés au fusil de chasse calibre 12. Le 22 mai 2024, la Cour d'assises de la Gironde a condamné l'accusé, ancien camarade de chasse de la victime, à 22 ans de réclusion criminelle. Le verdict, à la hauteur de la gravité des faits, n'a pas été frappé d'appel. Notre cabinet est intervenu en partie civile pour la compagne de la victime et ses enfants.
Un verdict à la hauteur de la gravité des faits
Le procès s'est déroulé sur près d'une semaine devant la Cour d'assises de la Gironde. À son issue, l'accusé a été condamné à 22 années de réclusion criminelle. Il n'a pas fait appel de cette décision.
Notre cabinet est intervenu en partie civile pour la compagne de la victime et ses enfants.
Les faits : un assassinat en pleine nuit devant le domicile
Amar B. a été lâchement assassiné en pleine nuit, devant son domicile, le 19 septembre 2020, par trois coups de feu tirés à l'aide d'un fusil de chasse de calibre 12.
Sa compagne, qui se trouvait dans sa chambre, a assisté à la scène de crime qui s'est déroulée devant sa fenêtre. Particulièrement traumatisée et craignant pour sa propre vie, elle s'est réfugiée dans la salle de bain pour appeler les secours.
Elle leur a immédiatement indiqué que l'auteur du crime était un ancien camarade de chasse de son compagnon, dont elle a décliné l'identité.
Notre cliente : à la fois partie civile et principal témoin à charge
Dans le cadre de ce procès, notre cliente avait la particularité d'être à la fois partie civile et le principal témoin à charge contre l'accusé.
L'enquête a néanmoins permis de recueillir un grand nombre de preuves complémentaires, qui ont validé les déclarations et la reconnaissance formelle de notre cliente :
La téléphonie de l'accusé établissait sa présence à proximité du domicile de la victime le soir des faits.
Le passage de son véhicule à proximité du domicile, dans le créneau horaire des faits, a été capté par la caméra de vidéosurveillance d'une propriété voisine.
Ce véhicule présentait des traces de projections humaines comportant l'ADN de la victime.
L'arme du crime, un fusil de chasse calibre 12, appartenait à l'accusé. Elle comportait à de multiples endroits l'ADN de la victime mêlé à celui de l'accusé.
L'ADN de l'accusé était isolé sur la queue de détente de l'arme.
La stratégie de défense : amnésie, puis thèse du complot
Malgré ces preuves accablantes, l'accusé s'est dans un premier temps retranché derrière une amnésie totale des faits, avant de soutenir qu'il n'était pas l'auteur des faits.
À l'occasion du procès devant la Cour d'assises, il a soutenu qu'il aurait été victime d'un complot : un individu inconnu aurait utilisé à son insu son véhicule et son arme pour lui faire endosser la responsabilité de cet assassinat.
Thèse totalement farfelue, mais qui avait l'avantage de permettre à l'accusé de soutenir son innocence auprès de ses proches.
Une épreuve supplémentaire pour notre cliente
Ce procès a été une épreuve supplémentaire pour notre cliente, dont la parole a été jusqu'au bout remise en cause, malgré les évidences absolues de la culpabilité de l'accusé.
Ce sont précisément ces preuves qui ont conduit la Cour et les jurés à condamner l'accusé à 22 années de réclusion criminelle.
Pourquoi l'absence de mobile apparent n'exclut pas la culpabilité
La défense avait souligné que le juge d'instruction chargé de l'enquête n'avait pas envisagé la culpabilité d'un tiers. Mais c'est précisément parce que toutes les pistes conduisaient à l'accusé.
Quant à l'absence de mobile apparent également invoqué par la défense, c'est ignorer les mobiles internes propres à chaque homme, qui ne sont pas nécessairement portés à la connaissance de tiers. Ils peuvent également être masqués par la « loi du silence » pratiquée dans certains cercles de chasseurs.
Certains témoins ont avancé l'hypothèse que l'accusé s'était fait « monter la tête » par ses camarades de chasse, à l'occasion d'un repas particulièrement alcoolisé la nuit des faits.
C'est également et surtout oublier la triste banalité de nombreux passages à l'acte. L'alcool et un vague ressentiment sont malheureusement des éléments déclencheurs suffisants pour un passage à l'acte criminel, notamment lorsque l'auteur est doté d'une personnalité fragile.
C'était précisément le cas de l'accusé : dépressif et lourdement endetté. Il nourrissait par ailleurs une ancienne rancœur à l'encontre de sa victime, basée sur un ancien conflit lié à des pratiques de chasse divergentes, et sur la perte de son emploi qui l'avait contraint à quitter son logement de fonction — lequel avait été attribué au fils de la victime.
Autant d'éléments qui, couplés à l'alcool et à la dépression, ont pu favoriser ce passage à l'acte.
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