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Affaire Yves Foulon – Vital Baude : Tribunal correctionnel de Bordeaux

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • il y a 2 jours
  • 9 min de lecture

Le 1er juillet, le tribunal judiciaire de Bordeaux a jugé Yves Foulon, maire d'Arcachon, poursuivi pour menaces, violences et injure envers un élu d'opposition. Nous assistions Vital Baude, partie civile. Le prévenu contestait l'intégralité des faits à l'exception des injures. Le tribunal a rendu son délibéré, Jeudi 20 août. Coupable pour l'intégralité des faits poursuivis. Explications de notre ligne de défense. Le cabinet Plouton est engagé dans la défense des élus.




Un dossier hors norme : des faits intégralement filmés, médiatisés avant le procès


Ce dossier présentait deux particularités rares, qui commandaient toute notre stratégie.

La première : l'intégralité des faits poursuivis a été filmée et enregistrée. Le cheminement de notre client jusqu'au lieu des faits, puis la scène elle-même — tout figure sur la vidéo, sans zone d'ombre.


La seconde : ces faits ont été portés à la connaissance du grand public par une médiatisation nationale, avant même l'audience de jugement. Ces deux éléments sont une force. Ils sont aussi, nous le savions, une cible.

Car dès lors qu'une victime communique publiquement avant son procès, la défense adverse dispose d'un angle tout trouvé :

retourner l'accusation, se poser en victime, et faire le procès de celui qui a osé rendre l'affaire publique.




La thèse du « coup monté » : anatomie d'une inversion des rôles

Un coup monté. C'est le titre du communiqué de presse diffusé après les faits par le camp adverse — non pas « mes excuses », mais « un coup monté ». Ce choix de mot dit tout. Un communiqué qui ne présentait pas d'excuses, n'exprimait pas de regrets, mais positionnait son auteur en victime d'une machination. La thèse : la scène aurait été provoquée, organisée par l'opposant pour faire « craquer » le maire et le pousser à la « sortie de route ».


Le récit était construit : un homme normal, empêché de vivre tranquillement, qui aurait fini par craquer face au harcèlement d'un opposant. Dans ce communiqué de presse, Yves Foulon n'hésitait pas à qualifier d'« inadmissibles » les comportements de son opposant, tout en réduisant les siens à de simples « comportements inappropriés ». Une inversion des rôles particulièrement audacieuse.


Pourtant, il faut le souligner : à cette audience, Yves Foulon a présenté des excuses claires à Vital Baude — pour la première fois.




Interroger le prévenu à l'audience : faire apparaître le positionnement politique


Notre première intervention a été de questionner Yves Foulon directement, notamment sur ce communiqué de presse.

L'objectif n'était pas de le provoquer. Il était de rendre lisible, pour tout le monde, ce qui restait jusque-là confus : un positionnement politique qui inversait les rôles et présentait une version des faits décorrélée de la réalité.

Car l'enquête l'a établi : il n'y a jamais eu de coup monté. Contrairement à ce que soutenait le communiqué, aucune altercation initiale non filmée n'a précédé et déclenché la colère du maire.


Aucune circonstance atténuante, donc. Pas de provocation. Un emportement qui n'était que de son seul fait — et d'une difficulté à supporter le contradictoire, dès lors que les critiques ne visaient pas sa vie personnelle, mais son action de maire et des zones troubles autour de l'acquisition et la démolition de la villa Salesse.



Démonter la thèse du guet-apens par les faits : la vidéo, le minutage, la temporalité


Face à une thèse de provocation, ce ne sont pas les affirmations qui comptent. Ce sont les éléments matériels.

L'enquête a reconstitué le cheminement de Vital Baude ce jour-là, avec un minutage très précis réalisé par les enquêteurs. Les éléments de la vidéo ont été exploités : ils imposent une temporalité qui exclut toute rencontre antérieure à la scène filmée.

Autrement dit, contrairement à ce que soutenait le maire, aucune altercation cachée n'a pu déclencher sa colère. Pas de montage. Aucun élément coupé ou tronqué.


Ce qui a été produit, c'est l'intégralité : le trajet de notre client jusqu'à cette petite mairie, puis la scène elle-même — menaces, insultes, violence verbale et physique.




Des menaces reconnues en garde à vue : le poids particulier de la parole d'un maire


La défense contestait une partie des faits, notamment les violences et les menaces. Nous avons rappelé un point décisif : ces menaces, Yves Foulon les avait reconnues devant les enquêteurs.

Des menaces de harcèlement, proférées en usant de sa qualité et de ses fonctions de maire nouvellement réélu. De façon répétée, il avait indiqué qu'il allait « fouiller » et « trouver quelque chose » dans la vie de Vital Baude et de sa famille. Et que « six ans, ça allait être long » — une référence transparente à la durée d'un mandat.

Nous avons plaidé cet élément en interpellant directement le prévenu. Car il ne s'agit pas de n'importe quel maire. Yves Foulon est implanté de longue date sur sa commune, a exercé des fonctions quasi nationales, et a tissé des relations de proximité avec des élus de premier plan.


Ces relations, connues de tous, donnent un poids supplémentaire aux menaces. Quand elles émanent d'un homme aussi puissant, leur portée sur celui qui les subit est nécessairement plus lourde — voire traumatique.

Si vous êtes visé par les menaces d'une personne influente, retenez ceci : la qualité de l'auteur n'est pas un détail. Elle aggrave la portée de la menace, parce qu'elle rend la mise à exécution plus crédible.


Conversation privée ou espace public : pourquoi le classement de la plainte adverse était justifié


La défense a aussi porté le combat sur le terrain du droit, en invoquant une atteinte à la vie privée et une captation illicite d'images et de propos tenus dans une conversation « privée ». Yves Foulon avait d'ailleurs déposé plainte sur ce fondement.

Cette plainte a été justement classée sans suite par le parquet pour infraction insuffisamment caractérisée. Nous avons soutenu que ce classement était pleinement justifié.


La jurisprudence retient des critères précis pour distinguer le privé du public. Premier point : le cadre. La conversation se déroulait dans la rue, devant un bureau de vote, à proximité de passants et d'électeurs — dans l'espace public.

Deuxième point : l'absence de stratagème. L'enregistrement montre qu'il n'y avait ni mise en scène ni provocation de notre client — c'est-à-dire aucun discours orienté pour amener l'interlocuteur sur un terrain glissant. Or c'est précisément ce que la jurisprudence recherche pour caractériser un piège.


Troisième point : le contenu. C'est le maire lui-même qui lance le sujet de la Villa Salesse. Certes sa maison, mais une maison notoirement connue : débattue en conseil municipal — lieu public dont les procès-verbaux sont retranscrits —, évoquée par d'autres élus d'opposition, et objet d'interrogations publiques. Elle avait été intégralement détruite puis reconstruite dans un tout autre genre. Le maire évoquait lui-même des décisions de justice publiques la concernant, notamment du Conseil d'État.


Quand un élu prend l'initiative de parler d'une maison entrée dans la sphère publique, on n'est pas dans l'intime — ni ses enfants, ni sa santé, ni sa vie de famille. On est dans le débat public. Aucune infraction ne pouvait donc être caractérisée contre notre client.


Ne pas se prononcer sur l'inéligibilité : un choix stratégique


Un point mérite d'être expliqué, car il éclaire toute notre posture.

La question d'une peine d'inéligibilité pouvait se poser, compte tenu de la gravité des menaces et de la qualité de leur auteur. Le parquet ne l'a pas requise — ce à quoi nous nous attendions au vu du choix initial des poursuites.


Une précision technique : une qualification retenant à la fois la qualité d'élu du maire et celle de la victime aurait pu entraîner une inéligibilité automatique en cas de condamnation pour les violences. Le parquet a fait le choix de ne retenir qu'une de ces deux qualités, laissant à la juridiction son pouvoir souverain d'appréciation.


Nous n'avons volontairement pas investi ce terrain. Ce débat relève du parquet, de la défense et de l'appréciation souveraine du tribunal. Aller le chercher aurait donné l'impression que nous instrumentalisions l'affaire à des fins politiques.

Or notre rôle était exactement l'inverse : accompagner un élu qui a été victime, et qui demande la reconnaissance de ce statut et des conséquences subies. Le retentissement traumatique des faits a d'ailleurs été caractérisé par un expert psychologue. Produire ces vidéos, où il apparaît agressé et dissocié, n'a rien eu d'un plaisir.


Le délibéré du 20 août : coupable de l’intégralité de la prévention


Le tribunal a rendu sa décision le jeudi 20 août. Yves Foulon est déclaré coupable de l’intégralité des faits poursuivis : les violences par personne dépositaire de l’autorité publique, les menaces envers une personne investie d’un mandat électif public, et l’injure non publique.

Le résultat mérite d’être souligné : le prévenu contestait tout, à l’exception des injures. Il n’a été suivi sur aucun des deux délits qu’il contestait.

Sur les violences, le tribunal retient que dès le début de l’échange verbal, M. Foulon a adopté un comportement violent, de nature à impressionner et à provoquer le recul de son interlocuteur — pointage du doigt, répétition de phrases, ton véhément — et qu’il a provoqué un contact physique de sa main avec le torse de Vital Baude, avec assez de force pour provoquer un recul soudain.


Sur les menaces, la motivation est particulièrement construite. Le tribunal juge que :


« Les termes employés démontrent l’intention de M. Foulon de mettre en œuvre les prérogatives qu’il détient (je vais tout faire) pour attenter, d’une manière ou d’une autre (je vais trouver dans votre vie personnelle… dans votre vie professionnelle), de manière grave (ça va être terrible pour vous et votre famille), et répétée (vous allez voir, 6 ans ça va être long), aux conditions d’existence de M. Baude. »


Le tribunal relève que ces faits, s’ils avaient été commis, auraient été de nature à constituer un harcèlement au sens de la loi pénale, et que les termes employés étaient sans équivoque évocateurs de ce délit. Il retient également que leur nature et leur répétition démontrent la conscience qu’avait leur auteur de formuler une menace, et la détermination dont il était animé.

La thèse du coup monté est écartée en une phrase : le tribunal constate que les images n’ont fait l’objet ni d’un montage ni d’une altération.


Enfin, la peine est spécialement motivée par la gravité : le tribunal juge que les faits présentent un niveau élevé de gravité, en raison de leur nature, de la qualité de leur auteur comme de celle de la victime, et des conséquences qu’ils ont eues pour cette dernière.


Yves Foulon est condamné à 10 000 euros d’amende, dont 5 000 avec sursis, outre 30 euros pour la contravention. Sur l’action civile, sa responsabilité est retenue et Vital Baude est indemnisé de son préjudice moral et de son préjudice fonctionnel.


SOit la reconnaissance pleine et entière du statut de victime de notre client, et une motivation qui nomme les faits pour ce qu’ils sont.


Le prévenu a 10 jours pour faire appel même si son avocat a d'ores et déja annoncé qu'il devrait en rester là.


Ce que ce dossier vous apprend si vous êtes victime dans un tel contexte


Si vous êtes victime d'une infraction commise par une personne influente, retenez plusieurs choses.

Vous avez le droit de vous constituer partie civile pour faire reconnaître votre statut de victime et le préjudice subi — moral, psychologique, familial. Vous n'avez pas à subir l'inversion des rôles : ce n'est pas à vous de prouver que vous n'avez rien organisé, c'est à l'accusation d'établir les faits reprochés à l'auteur.


Mais une réalité s'impose. Quand l'adversaire dispose d'un poids politique et médiatique, la seule vérité des faits ne suffit pas toujours à se faire entendre. Il faut anticiper les contre-attaques, désamorcer les récits alternatifs, documenter chaque élément — l'enquête, le minutage, la vidéo, l'expertise psychologique.


Et il faut parfois savoir ne pas aller sur un terrain, même quand il vous est offert. Refuser de réclamer l'inéligibilité, c'était rester crédible dans notre demande : faire reconnaître une victime, non régler un compte politique. Dans votre situation, cette même sobriété peut être ce qui rend votre parole audible.



Vous traversez une situation similaire ?

Chaque dossier a ses particularités — procédure, preuve, délais, rapport de force. Ce récit ne remplace pas l'analyse d'un dossier concret, et aucun article ne remplace l'écoute d'une situation réelle.


Si vous êtes élu victime d'une infraction et que la procédure vous dépasse, vous n'êtes pas obligé de rester seul. Notre cabinet accompagne les victimes de délits ou de crimes dans la reconnaissance de leur statut et de leur préjudice. Vous pouvez aussi consulter notre guide pratique sur le dépôt de plainte efficace.



Maître Julien Plouton — avocat au Barreau de Bordeaux, a prêté serment en 2004 après une formation à l'École de Formation du Barreau de Paris (EFB). Diplômé d'un DESS en droit des affaires et fiscalité, d'un DEA en droit européen et d'un master spécialisé HEC en droit et management international, il a fondé le Cabinet Plouton en 2009, situé aujourd'hui 15 Place Sainte Eulalie à Bordeaux.

Il est membre de l'Institut du Dommage Corporel (IDC), de l'Association des Avocats Pénalistes (ADAP) et de l'Institut du Droit des Affaires du Barreau de Bordeaux (IDA). Depuis plus de vingt ans, il accompagne les victimes d'infractions en Nouvelle-Aquitaine et au-delà.


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