top of page

Assurance perte d'exploitation : que faire quand l'assureur refuse, tarde ou sous-indemnise ?

  • Photo du rédacteur: Julien Plouton - Avocat à la Cour
    Julien Plouton - Avocat à la Cour
  • il y a 24 heures
  • 10 min de lecture

Un incendie, un dégât des eaux, un bris de machine : le sinistre a stoppé votre activité. Les murs seront reconstruits — mais pendant des mois, le chiffre d'affaires s'effondre alors que les salaires, les loyers et les échéances, eux, continuent de tomber. C'est exactement ce que la garantie perte d'exploitation est censée couvrir.


Sauf qu'au moment de payer, l'assureur conteste la marge, raccourcit la période d'indemnisation, oppose une clause — ou ne verse qu'une fraction de ce qui vous est dû. Vous dirigez une entreprise, pas un service contentieux : il connaît les règles, vous les découvrez dans l'urgence d'une trésorerie qui brûle.

Selon l'INRS, 70 % des entreprises victimes d'un sinistre majeur disparaissent dans les mois qui suivent ; en 2024, les assureurs ont indemnisé 223 sinistres professionnels de plus de deux millions d'euros, pour 1,34 milliard d'euros. L'indemnité de perte d'exploitation décide souvent de la survie — et chaque euro sous-évalué se paie en emplois et en mois de retard.


Ce que ce guide vous apporte :

  • Comment l'indemnité se calcule réellement (marge brute, période d'indemnisation) ;

  • Pourquoi votre offre est si basse — et ce qui est, ou non, légalement justifié ;

  • Vos recours concrets : de la mise en demeure au référé-provision et à l'action au fond ;

  • Les délais à ne pas rater — et pourquoi la prescription joue parfois en votre faveur.


Depuis plus de vingt ans, nous défendons à Bordeaux des dirigeants face à leur assureur. Après l'incendie d'une pâtisserie, nous avons fait condamner la compagnie à verser l'intégralité de la perte d'exploitation : 1 557 432 €.

L'offre de votre assureur ne couvre pas vos pertes réelles, ou le dossier s'enlise ? Vous pouvez avancer seul sur plusieurs étapes de ce guide. Mais quand l'enjeu se chiffre en dizaines ou en centaines de milliers d'euros — marge contestée, règle proportionnelle opposée, expertise sous-évaluée — un euro de méthode en vaut dix de trésorerie. En parler lors d'un premier échange sans engagement.

La garantie perte d'exploitation : ce qu'elle couvre vraiment


La garantie perte d'exploitation ne répare pas vos murs : elle compense votre manque à gagner. L'assurance des biens prend en charge la reconstruction du local et le remplacement du matériel ; la perte d'exploitation, elle, couvre les conséquences financières de l'arrêt d'activité, le temps que l'entreprise retrouve son niveau normal.


Elle indemnise la perte de marge brute et les frais généraux permanents que vous continuez de supporter pendant l'interruption : salaires, loyers, amortissements, impôts et taxes, intérêts d'emprunt. L'objectif est de replacer l'entreprise dans la situation qui aurait été la sienne sans le sinistre — ni plus, ni moins. C'est le principe indemnitaire, socle de toute assurance de dommages (article L121-1 du Code des assurances).

La marge brute. C'est la différence entre vos produits (votre chiffre d'affaires) et vos charges variables — celles qui disparaissent quand l'activité s'arrête. La garantie comble l'écart entre le résultat que vous auriez dû atteindre et celui, dégradé, que le sinistre vous laisse pendant la période d'indemnisation.

Attention à une confusion fréquente : la perte d'exploitation d'une entreprise n'a rien à voir avec la perte de revenus personnelle d'un indépendant immobilisé après un accident. Ce cas relève du dommage corporel et obéit à d'autres règles — nous l'expliquons dans notre guide sur la perte de revenus de l'auto-entrepreneur après un accident.



Êtes-vous couvert ? Les conditions à vérifier


Avant de parler indemnisation, une question décide de tout : votre contrat couvre-t-il réellement la situation ? Quatre points à vérifier ligne à ligne.

  1. Un dommage matériel garanti à l'origine de l'arrêt. Dans la quasi-totalité des contrats, la perte d'exploitation ne joue que si l'interruption découle d'un sinistre lui-même couvert (incendie, dégât des eaux, explosion, bris de machine). Pas de dommage matériel garanti, pas de perte d'exploitation.

  2. La période d'indemnisation. La durée maximale de compensation : souvent douze mois, parfois extensible à vingt-quatre — un point décisif, car la reconstruction réelle dépasse fréquemment un an.

  3. La franchise et le délai de carence, qui amputent les premiers jours.

  4. Le mode de calcul et le plafond de garantie, qui fixent le montant maximal récupérable.


À retenir : la garantie perte d'exploitation n'est pas obligatoire. Elle s'ajoute, en option, à un contrat multirisque professionnel. Beaucoup de dirigeants la découvrent — ou découvrent ses limites — le jour du sinistre.



Comment se calcule l'indemnité ?


C'est le terrain de tous les désaccords. Le principe : on indemnise la perte de marge brute sur la période d'indemnisation. On reconstitue le chiffre d'affaires que l'entreprise aurait réalisé sans le sinistre, on lui applique le taux de marge brute, et l'on compare au résultat réellement obtenu pendant l'interruption. L'écart, c'est votre préjudice.


S'y ajoutent les frais supplémentaires d'exploitation : les dépenses engagées pour limiter la baisse d'activité — local provisoire, matériel de remplacement, intérim, sous-traitance. Engagées à bon escient, elles sont remboursables.

Exemple chiffré. Un restaurant réalise 600 000 € de chiffre d'affaires annuel, avec une marge brute de 70 %, soit 420 000 € par an. Une fermeture de cinq mois après un incendie lui fait perdre environ 175 000 € de marge brute (420 000 € × 5 / 12), auxquels s'ajoutent les frais engagés pour limiter la perte. C'est ce montant — et non le seul coût des murs — que la garantie doit couvrir. Chiffre donné à titre d'illustration : tout dépend des comptes réels et des clauses du contrat.

Pour bâtir ce calcul, vos bilans, comptes de résultat et liasses fiscales sont vos meilleurs alliés. C'est là qu'intervient l'expert-comptable, dont l'attestation chiffrée pèse lourd face à l'expert de la compagnie.



Pourquoi l'assureur sous-indemnise (ou refuse)

Une offre très inférieure à vos pertes n'est pas une fatalité : derrière, il y a presque toujours un mécanisme identifiable — et souvent contestable.


La règle proportionnelle de capitaux : le piège n°1

C'est la cause la plus fréquente de sous-indemnisation. Si la valeur réelle de votre activité (chiffre d'affaires ou marge) dépasse le montant déclaré au contrat, vous êtes considéré comme votre propre assureur pour la différence, et l'indemnité est réduite dans la même proportion (article L121-5 du Code des assurances).

La règle proportionnelle de capitaux. Vous avez assuré votre marge brute sur la base de 400 000 €, mais elle atteignait 500 000 € au jour du sinistre ? Vous n'êtes couvert qu'à 80 %, et l'assureur applique cette décote à toute l'indemnité. D'où l'importance d'une déclaration de capitaux actualisée chaque année.

Ne la confondez pas avec la règle proportionnelle de prime, qui sanctionne une déclaration de risque inexacte par une réduction au prorata des cotisations (article L113-9). Les deux réduisent votre indemnité, mais pour des raisons différentes — et chacune obéit à des conditions précises que l'assureur doit démontrer.


La contestation de la marge, de la durée, des exclusions

L'expert de la compagnie minore volontiers le taux de marge ou raccourcit la période retenue : ces choix techniques se discutent, pièces comptables à l'appui. Quant aux clauses d'exclusion, elles ne valent que si elles sont formelles et limitées : une exclusion vague, qui doit être interprétée pour s'appliquer, est jugée inopposable à l'assuré (Cass. 2ᵉ civ., 20 janvier 2022, n° 20-10.529). Un refus fondé sur une clause ambiguë mérite toujours l'examen d'un avocat en droit des assurances des professionnels.


Refus, retard, montant trop bas : vos recours


Face à un assureur qui traîne ou sous-paie, vous disposez d'une gradation de leviers — du simple courrier à l'action en justice.

  1. La mise en demeure. Une lettre recommandée qui chiffre votre demande et fixe un délai : elle fait courir les intérêts de retard et interrompt la prescription (article L114-2 du Code des assurances).

  2. L'expertise et la contre-expertise. L'expert de l'assureur ne décide pas seul. Vous pouvez mandater votre propre expert (l'expert d'assuré) et, en cas de blocage, recourir à une tierce expertise. L'attestation de votre expert-comptable sur la marge perdue est ici une pièce maîtresse.

  3. Le référé-provision. Quand l'obligation de l'assureur n'est pas sérieusement contestable, le juge des référés peut lui ordonner de verser une provision sans attendre le procès au fond (article 835 du Code de procédure civile). Décisif quand la trésorerie ne peut pas patienter.

  4. L'action au fond. Lorsque l'assureur s'arc-boute, le tribunal fixe l'indemnité définitive, au besoin après expertise judiciaire.

Notre dossier. Après l'incendie d'une pâtisserie bordelaise, l'assureur n'avait versé que 500 000 € au titre de la perte d'exploitation, en violation d'un accord conclu après le sinistre. Nous avons obtenu du Tribunal de grande instance de Bordeaux la résolution de cet accord et le rétablissement du contrat initial : la compagnie a été condamnée à l'indemnité intégrale, soit 1 557 432 €. Un assureur qui retarde l'exécution d'un accord s'expose à le voir annulé, au bénéfice des clauses plus favorables du contrat d'origine.

Sinistre d'origine criminelle : quand l'assurance croise le pénal


Incendie volontaire, vol, dégradations : quand le sinistre résulte d'une infraction, deux choses se jouent en même temps — et le cabinet, pénaliste, agit sur les deux fronts.


Face à l'assureur d'abord. Une compagnie qui soupçonne un sinistre volontaire de votre part peut suspendre l'indemnisation, mais elle ne peut pas se contenter d'un soupçon : c'est à l'assureur de prouver votre mauvaise foi pour vous priver de garantie (Cass. 2ᵉ civ., 5 juillet 2018, n° 17-20.491). La bonne foi se présume ; l'origine criminelle d'un sinistre ne vous rend pas suspect.

Face à l'auteur ensuite. En vous constituant partie civile au procès pénal, vous pouvez obtenir réparation de votre préjudice économique directement auprès de celui qui l'a causé — une voie complémentaire de l'action contre l'assureur, et parfois plus rapide. C'est tout l'enjeu de la défense des intérêts de l'entreprise en droit pénal des affaires.

Notre dossier. Pour une exploitation agricole girondine victime du vol de la quasi-totalité de sa production, nous avons obtenu, devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux, la condamnation des auteurs à verser 130 000 € au titre du préjudice financier de la société, outre l'indemnisation du préjudice moral des dirigeants. La présence d'un avocat dès l'enquête a permis de chiffrer et de faire reconnaître l'intégralité du préjudice.

Les délais à ne pas rater : la prescription biennale


C'est la règle qui fait perdre les meilleurs dossiers : en assurance, vous n'avez que deux ans pour agir contre votre assureur, à compter de l'événement qui fait naître votre action (article L114-1 du Code des assurances). Passé ce délai, votre demande est en principe irrecevable.


Bonne nouvelle : ce délai peut être interrompu — et repartir de zéro. Une lettre recommandée réclamant le règlement de l'indemnité, la désignation d'un expert après le sinistre ou une citation en justice suffisent (article L114-2).

Et voici le levier que les contenus des assureurs taisent : la police d'assurance doit rappeler ce délai de deux ans, son point de départ et ses causes d'interruption. À défaut, la prescription vous est inopposable : l'assureur ne peut pas s'en prévaloir. La Cour de cassation l'a encore confirmé — l'assureur doit reproduire dans le contrat les causes d'interruption et le point de départ de la prescription, sous peine d'inopposabilité du délai biennal (Cass. 2ᵉ civ., 9 février 2023, n° 21-19.498), et c'est à lui de prouver qu'il l'a fait (Cass. 2ᵉ civ., 18 avril 2019, n° 18-13.938).

On vous oppose la prescription ? Ne renoncez pas sans avoir fait vérifier votre contrat. Si la clause de prescription est absente, incomplète ou imprécise, le délai de deux ans peut être écarté — et votre action redevient recevable.

Questions fréquentes sur la perte d'exploitation

Un sinistre qui arrête votre activité n'est pas qu'un dossier d'assurance : c'est la survie de l'entreprise et des emplois qui se joue. Or le rapport de force avec une grande compagnie est rarement équilibré — sauf quand vous reprenez la main avec méthode.


Si l'offre de votre assureur ne reflète pas vos pertes réelles, si le dossier s'enlise ou si l'on vous oppose une clause incompréhensible, parlons-en. Notre cabinet, installé à Bordeaux et intervenant dans toute la Nouvelle-Aquitaine, défend les dirigeants et les professionnels face à leur assureur. Un premier échange permet d'y voir clair sur vos chances et vos leviers, sans engagement.


Faire le point avec le Cabinet Plouton — Bordeaux, plus de vingt ans d'expérience en droit des assurances et en défense des intérêts des entreprises.

Qu'est-ce que la garantie perte d'exploitation ?

C'est la garantie qui compense le manque à gagner d'une entreprise dont l'activité est interrompue par un sinistre garanti (incendie, dégât des eaux, bris de machine…). Elle couvre la perte de marge brute et les frais fixes que vous continuez de supporter pendant l'arrêt. Elle ne répare pas les dommages matériels eux-mêmes : c'est une garantie distincte.

On reconstitue le chiffre d'affaires que vous auriez réalisé sans le sinistre, on lui applique votre taux de marge brute, et l'on mesure l'écart avec le résultat réel pendant la période d'indemnisation. S'y ajoutent les frais supplémentaires engagés pour limiter la perte. Vos bilans et l'attestation de votre expert-comptable servent de base au chiffrage.

Le plus souvent à cause de la règle proportionnelle de capitaux : si vous aviez déclaré une marge ou un chiffre d'affaires inférieurs à la réalité, l'assureur réduit l'indemnité dans la même proportion (article L121-5). C'est différent de la règle proportionnelle de prime, liée à une déclaration de risque inexacte (article L113-9). Dans les deux cas, l'assureur doit justifier sa décote.

Oui, mais ses motifs se contestent. Une exclusion n'est valable que si elle est formelle et limitée ; une clause vague ou ambiguë est inopposable. De même, l'absence de dommage matériel garanti ou une condition de contrat peuvent être invoquées à tort. Un refus mérite toujours d'être examiné avant d'être accepté.

Ne signez pas la première offre. Faites établir une contre-expertise et une attestation de marge par votre expert-comptable, puis adressez une mise en demeure chiffrée. Si l'obligation de l'assureur n'est pas sérieusement contestable, un référé-provision permet d'obtenir une avance rapide ; à défaut d'accord, l'action au fond fixe l'indemnité définitive.

Deux ans à compter de l'événement qui fait naître l'action (article L114-1). Mais ce délai n'est opposable que si votre contrat en rappelle les modalités et les causes d'interruption. Si la police est muette ou imprécise sur ce point, la prescription biennale peut être écartée, et votre action redevient recevable même au-delà de deux ans.

Les deux rôles sont complémentaires. L'expert-comptable chiffre la marge perdue et bâtit le dossier technique ; l'avocat porte le rapport de force juridique — contestation des clauses, mise en demeure, référé-provision, procédure. Sur les dossiers à fort enjeu, c'est la combinaison des deux qui sécurise l'indemnisation.

Deux actions sont possibles, en parallèle. Côté assurance, l'assureur ne peut vous priver de garantie que s'il prouve votre mauvaise foi : un sinistre criminel ne vous rend pas suspect. Côté pénal, vous pouvez vous constituer partie civile pour obtenir réparation de votre préjudice économique directement auprès de l'auteur de l'infraction.


À propos de l'auteur, Me Plouton

Maître Julien Plouton — avocat au Barreau de Bordeaux, a prêté serment en 2004 après une formation à l'École de Formation du Barreau de Paris (EFB). Diplômé d'un DESS en droit des affaires et fiscalité, d'un DEA en droit européen et d'un master spécialisé HEC en droit et management international, il a fondé le Cabinet Plouton en 2009, situé au 45 Cours d'Alsace-et-Lorraine à Bordeaux. Il est membre de l'Institut du Dommage Corporel (IDC), de l'Association des Avocats Pénalistes (ADAP) et de l'Institut du Droit des Affaires du Barreau de Bordeaux (IDA). Depuis plus de vingt ans, il défend les dirigeants et les professionnels en litige avec leur assureur — notamment sur la perte d'exploitation — en Nouvelle-Aquitaine et au-delà. En savoir plus sur le cabinetDemander un premier rendez-vous

Dernière mise à jour : juin 2026.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
divorce v2.jpg

Vous êtes concerné par cette situation ?
Nos avocats vous écoutent et vous conseillent.

RESSOURCES

Le droit expliqué clairement,
par des avocats.
48 articles pour comprendre vos droits, quelle que soit votre situation.

Image de Fahad Bin Kamal Anik

Une question sur vos droits ? Contactez le cabinet Plouton.

Nous appelerJe prends rendez-vous !
bottom of page