Vols de grands crus bordelais : notre client libéré (JIRS)
- Julien Plouton - Avocat à la Cour

- 17 déc. 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr. 2025
TL;DR — Le 2 et 3 décembre 2021, devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux (JIRS), dix prévenus comparaissaient pour le vol en bande organisée de plus de 1 500 bouteilles de grands crus bordelais (Mouton Rothschild, Haut Brion, Pétrus, Ducru-Beaucaillou, Margaux), pour un préjudice évalué à plus de 2 200 000 €. Quatre ans de prison ferme étaient requis contre notre client, présenté comme le chef des voleurs. Le cabinet Plouton a obtenu une peine ramenée à trois ans dont deux assortis d'un sursis probatoire, et la remise en liberté immédiate à l'issue de l'audience.
Une affaire emblématique devant la JIRS de Bordeaux
Le dossier était présenté par Madame le Procureur de la République comme le premier d'une série à venir devant la juridiction correctionnelle statuant en matière de délinquance organisée.
Les réquisitions devaient être exemplaires. Depuis plusieurs mois, des vols de grands crus classés frappaient en effet certaines grandes propriétés viticoles ainsi que des négociants en vin de la région bordelaise.
Dix prévenus comparaissaient devant le Tribunal correctionnel pour des faits de vols de grands crus classés et autres vins en bande organisée, requalifiés en vols aggravés et recel de vol.
Les faits : trois cambriolages et 1 500 bouteilles dérobées
Les entrepôts d'un négociant en vin réputé avaient été visés. Trois cambriolages successifs avaient été réalisés le temps d'un week-end de la mi-septembre 2020.
Plus de 1 500 bouteilles avaient été subtilisées, exclusivement issues de grands crus bordelais :
Mouton Rothschild,
Haut Brion,
Pétrus,
Ducru-Beaucaillou,
et autres grands Margaux.
Les cambrioleurs avaient manifestement bénéficié de solides informations. Ils avaient été à même de déjouer le système de surveillance particulièrement élaboré de l'entrepôt.
Mis sur la piste des voleurs grâce à un renseignement anonyme, des investigations téléphoniques poussées permettaient de les identifier. Ils étaient interpellés en même temps que le receleur et le revendeur d'une partie du butin. Ce dernier avait entre-temps été expédié à Hong Kong.
Le montant total du préjudice était évalué à plus de 2 200 000 € en valeur marchande.
Les réquisitions : quatre ans de prison contre notre client
Une peine très lourde était demandée contre notre client par Madame le Procureur de la République dans son réquisitoire.
Ce dernier était présenté comme le chef des voleurs. Quatre années de prison étaient requises contre lui avec maintien en détention.
Il comparaissait détenu à l'audience après un an de détention provisoire.
La stratégie de défense : ne pas céder à l'exemplarité
Dans le cadre de notre plaidoirie, nous avons demandé au tribunal de ne pas céder à la tentation de l'exemplarité, mais de s'en tenir aux faits et à la réalité de l'implication de notre client.
Notre défense reposait sur deux axes :
Les failles de l'enquête. Si les auteurs du cambriolage avaient rapidement été identifiés, ce n'était pas le cas de leurs commanditaires. Les cambrioleurs bénéficiaient d'informations précises qui ne pouvaient leur avoir été fournies que par des tiers ou de possibles commanditaires. Or, seules les petites mains comparaissaient devant le Tribunal correctionnel.
Le déséquilibre des réquisitions. Nous avons demandé au Tribunal de relever que les réquisitions étaient inversement proportionnelles au niveau d'enrichissement généré par ces faits. Des peines bien inférieures étaient requises à l'encontre des receleurs, alors même que l'enquête avait mis en évidence qu'ils en étaient les principaux bénéficiaires d'un point de vue financier.
La décision : trois ans dont deux avec sursis et remise en liberté
Le Tribunal a manifestement tenu compte de ces éléments. Les peines prononcées à l'encontre de l'ensemble des prévenus sont mesurées et parfaitement adaptées à leur niveau d'implication.
S'agissant de notre client, les réquisitions étaient écartées. La peine prononcée à son encontre est largement revue à la baisse :
Trois ans de prison dont deux ans assortis d'un sursis probatoire.
Compte tenu de la détention provisoire déjà effectuée, il était immédiatement remis en liberté à l'issue de l'audience.






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