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Délai déraisonnable dans une procédure judiciaire : comment engager la responsabilité de l’État ?

  • Photo du rédacteur: Jade Adil - Avocat à la cour
    Jade Adil - Avocat à la cour
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours


La durée excessive d’une procédure judiciaire peut constituer une faute engageant la responsabilité de l’État.

Un justiciable confronté à une procédure anormalement longue peut obtenir réparation de son préjudice.



Le fondement juridique


L’action repose sur l’article L. 141-1 du Code de l’organisation judiciaire :

« L'État est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice. »

La jurisprudence reconnaît que :

  • une durée excessive d’une procédure peut constituer un fonctionnement défectueux ;

  • le justiciable peut obtenir une indemnisation si un préjudice est démontré.


Cette action est distincte de la procédure principale : on ne conteste pas le jugement, mais la lenteur de la procédure.


Quand parle-t-on de “durée excessive” ?


Il n’existe aucun délai fixe automatique.


Les juges apprécient la durée raisonnable au regard de plusieurs critères :

  • la complexité de l’affaire ;

  • le comportement du justiciable (a-t-il contribué aux retards ?) ;

  • le comportement des juridictions ;

  • l’enjeu du litige pour la personne concernée.


Exemple :

  • Une procédure devant le Juge aux affaires familiales est jugée excessive si la date de l'audience est fixée plus de 6 mois avant la délivrance de l'assignation,

  • Une information criminelle complexe peut justifier des délais plus longs, sur plusieurs années.


    Chaque citoyen a le droit d'être jugé dans un délai dit raisonnable d'après l'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l’homme.


Quelle juridiction saisir ?


L’action en responsabilité contre l’État pour fonctionnement défectueux de la justice judiciaire relève :


  • du tribunal judiciaire.


En pratique :

  • L’État est représenté par l’Agent judiciaire de l’État.

  • L’assignation est délivrée devant le tribunal judiciaire compétent.


Il s’agit d’une procédure civile classique, avec représentation obligatoire par avocat lorsque le montant de la demande dépasse 10 000 €.


Comment se déroule la procédure ?


Étape 1 : Évaluation du préjudice

Il faut démontrer :

  • la durée excessive ;

  • l’absence de justification sérieuse ;

  • un préjudice réel et certain.


Les préjudices invoqués sont généralement :


  • préjudice moral (attente prolongée, anxiété) ;

  • préjudice financier (blocage de fonds, perte d’opportunité).


Étape 2 : Assignation de l’État

L’assignation doit :

  • exposer la chronologie complète ;

  • démontrer les périodes d’inertie imputables à la juridiction ;

  • chiffrer précisément le préjudice.


Étape 3 : Décision du tribunal

Le tribunal peut :

  • rejeter la demande s’il estime le délai raisonnable ;

  • reconnaître une faute et accorder une indemnisation.


Les indemnisations varient selon la durée et les conséquences concrètes.


Quelle indemnisation peut être obtenue ?


Les montants alloués peuvent aller de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros selon :

  • la durée du dépassement ;

  • l’impact personnel et professionnel ;

  • la gravité du préjudice démontré.


Exemple :


A Bordeaux, le barème est d'environ 125 euros par mois de retard (dépassant une durée raisonnable) en première instance et d'environ 200 euros par mois dans une procédure d'appel dans le cadre du contentieux des affaires familiales.


Il ne s’agit pas d’une sanction contre un magistrat, mais d’une réparation civile contre l’État.


Points d’attention


  • L’action doit être engagée dans un délai de prescription (en principe 4 ans en matière de responsabilité de l’État).

  • Il faut isoler les périodes réellement imputables à la juridiction.

  • Le simple sentiment d’attente ne suffit pas : le préjudice doit être démontré.


Quelle indemnisation demander ?


Exemple d'un cas concret :


Madame X a saisi le juge aux affaires familiales en août 2021, qui a statué en décembre 2021, soit dans un délai rapide.


Elle a interjeté appel en janvier 2022, mais la procédure devant la cour d’appel ne s’est achevée qu’en avril 2024, après une audience en février 2024.


Estimant que cette durée de 27 mois en appel était excessive, Madame X a engagé la responsabilité de l’État pour déni de justice, en invoquant le préjudice moral lié à cette attente prolongée.


Le tribunal retient qu’un délai raisonnable aurait été de 14 mois, constate un retard de 15 mois imputable au fonctionnement de la justice, et condamne l’État à verser 3 000 € de dommages et intérêts, ainsi que 800 € au titre des frais de procédure .


En moyenne, quelle indemnisation est accordée par le Tribunal judiciaire ?


 

En première instance

En appel

Type de litige

Durée raisonnable  

Indemnisation

Durée raisonnable

Indemnisation

 

 

Affaires familiales

6 mois entre la saisine et l’audience

2 mois pour le délibéré

125 euros par mois supplémentaire

12 mois entre l’appel et l’audience

2 mois pour le délibéré

200 euros par mois supplémentaire

 

 

Droit du travail

18 mois entre la saisine et l’audience

2 mois pour le délibéré

Entre 150 et 200 euros par mois supplémentaire

12 mois entre l’appel et l’audience

2 mois pour le délibéré

Entre 200 et 250 euros par mois supplémentaire

 

Contentieux général

12 mois entre la date de saisine et l’audience

2 mois pour le délibéré

Environ 200 euros par mois supplémentaire

12 mois entre la date de saisine et l’audience

2 mois pour le délibéré

Environ 200 euros par mois supplémentaire

 Ces montants sont à titre indicatifs, le tribunal judiciaire statuant in concreto selon la situation de chaque justiciable.



Ce qu’il faut retenir


✔️ Oui, un justiciable peut assigner l’État pour lenteur excessive de la justice

✔️ Il doit démontrer une durée anormalement longue et un préjudice réel.

✔️ Chaque situation s’apprécie au cas par cas.


Le Cabinet Plouton, avocat à Bordeaux, intervient régulièrement en matière de responsabilité civile de l’État et d’atteinte aux droits fondamentaux liés au délai raisonnable de jugement.


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